Union européenne - Libye : "Cachez ces migrants que je ne saurais voir!"

En Libye, la rétention anti-migrants pour l'Europe fonctionne, mais Bruxelles en déplore les conséquences.

Des migrants durant la prière dans le camp de Zawiya à l\'ouest de Tripoli, le 26 avril 2019.
Des migrants durant la prière dans le camp de Zawiya à l'ouest de Tripoli, le 26 avril 2019. (HANI AMARA / X03394)

Le HCR par la voix de son chef, Filippo Grandi, s’offusque d’un article du journal britannique the Guardian. Ce dernier a eu accès à un rapport de l’Union européenne alarmant quant à la situation des migrants retenus en Libye. Le rapport est particulièrement sévère sur la situation des centres de détention des réfugiés.

Le rapport détaille le sort des réfugiés, capturés par les garde-côtes alors qu’ils tentaient de traverser vers l’Europe, puis placés dans des camps de détention. Selon le Guardian, "des violations généralisées des droits de l'homme, des morts, des disparitions inexpliquées, des pots-de-vin et la corruption sont cités dans le document de 13 pages". Des migrants placés en détention pour la seule raison d'avoir voulu traverser la Méditerranée. Mais pour le HCR, cette situation est surtout de la responsabilité du pouvoir de Tripoli.

Accord renouvelé

Or, c’est la conséquence directe de la politique voulue par Bruxelles pour endiguer la migration vers l’Europe. Les garde-côtes sont formés, équipés par les pays européens pour intercepter les migrants. L’accord a même été renouvelé et abondé de 5 millions d’euros, car l’Union se félicite de la baisse du nombre des migrants arrivant en Italie : de plus de 100 000 en 2017, 1100 pour les neuf premiers mois de 2019.

Pourtant le rapport se montre très critique quant aux résultats de cette politique. Ainsi, "il n’existe pas de système d’enregistrement pour les migrants". On ne connait pas le nombre officiel de camps, "entre 17 et 35 centres officiels et non officiels", ni le nombre exact de détenus "plus de 5000".
Une approximation qui ouvre la porte à tous les excès maffieux. Le rapport évoque même "la traite d’êtres humains". On parle ainsi de disparition de migrants après avoir été arrêtés par les garde-côtes. "Des cas graves de corruption dans les centres ont été détectés" précise le rapport.

Des centres surpeuplés

Pour le HCR qui intervient dans les centres, ces accusations sont graves. Du reste, "l’agence réévalue également le rôle du Centre de rassemblement et de départ (GDF), à la lumière des conditions intenables de sévère surpeuplement", a expliqué le HCR dans un communiqué qui répond indirectement à l’article du Guardian. Le surpeuplement s’explique par l’arrivée à l’été 2019 d’anciens détenus d’un centre bombardé (53 tués et 130 blessés pour une capacité de 644 personnes).

Le HCR tente aujourd’hui de "vider" ce centre. La restauration y sera bientôt supprimée et l’assistance en milieu urbain renforcée. "Les personnes dont la demande de protection internationale est fondée se voient offrir une assistance en milieu urbain pour les aider à déménager". Mais les heureux élus sont peu nombreux, 40 personnes seulement reconnait le HCR. Aussi l’organisme onusien fait appel aux Etats car moins de 1% des réfugiés ayant besoin d’être réinstallés le sont vraiment.

"Nous exhortons la communauté internationale à offrir davantage de places de réinstallation et à accélérer les processus pour nous aider à évacuer vers des lieux en sécurité un plus grand nombre de réfugiés ayant besoin d’être réinstallés."
L’euro députée néerlandaise Sophie In’t Veld, quant à elle, compare la politique de l’Union vis-à-vis des migrants à celle du mur de Donald Trump: "juste plus mortelle que le mur".