MSF déplore une "catastrophe sanitaire" dans le camp libyen de Zintan

Les équipes médicales de Médecins sans frontières tirent une fois de plus la sonnette d'alarme sur les conditions de détention des migrants dans le camp de Zintan (nord de la Libye). 

Migrants subsahariens dans le centre de détention de Zawiya (ouest de la capitale libyenne Tripoli), le 27 avril 2019
Migrants subsahariens dans le centre de détention de Zawiya (ouest de la capitale libyenne Tripoli), le 27 avril 2019 (MAHMUD TURKIA / AFP)

MSF, dont l'accès au camp a été autorisé pour la première fois fin mai 2019, y a démarré ses activités médicales et humanitaires courant juin 2019.

La ville de Zintan est située à 160 km au sud-ouest de Tripoli, dans la région montagneuse de Djebel Nafusa. Elle se trouve sur la ligne de front du conflit qui oppose le gouvernement libyen, basé à Tripoli et reconnu par les Nations Unies, aux forces de l'Armée Nationale Libyenne (ANL). Elle est aujourd'hui dirigée par des milices parmi les plus puissantes du pays, alliées au général Haftar, homme fort de l'Est du pays.

Plus de 900 migrants sont détenus dans un camp à Zintan, dont 700 dans un hangar surpeuplé, raconte MSF. La majorité d'entre eux, Erythréens, souhaitait rejoindre l'Italie pour fuir le gouvernement autoritaire de leur pays. Ils sont détenus depuis des mois avec peu de nourriture et presque aucune aide médicale, leur situation n'a fait que s'aggraver jusqu'à devenir une véritable catastrophe sanitaire.

Officiellement, les camps de détention libyens, dont celui de Zintan, sont placés sous l'autorité du ministère de l'Intérieur libyen. En réalité, ils sont gérés par des milices indépendantes, qui abusent de leurs pouvoirs sur les migrants détenus.

Une situation sanitaire alarmante

La situation sanitaire du camp a été dévoilée en mars 2019 par l'ONG InfoMigrants. Le site publie alors en ligne des photos particulièrement choquantes, où l'on peut voir des migrants dévêtus, dans un espace insalubre, visages émaciés. Sur une autre photo, des hommes dorment entassés les uns sur les autres, à même le sol. A la suite d'InfoMigrants, plusieurs médias ont alerté sur les conditions de détention inhumaines des détenus ces derniers mois. 

Migrants subsahariens dans un camp de détention à Gheryan, près de Tripoli, le 1er décembre 2016
Migrants subsahariens dans un camp de détention à Gheryan, près de Tripoli, le 1er décembre 2016 (REUTERS - HANI AMARA / X03394)

MSF intervient dans le camp depuis le 25 mai 2019

Le 25 mai, l'agence libyenne en charge de l'immigration (DICM) a donné accès au centre à Médecins sans frontières. Depuis décembre, aucune ONG humanitaire, ni l'Organisation internationale des migrations (OMI) n'avaient pu s'y rendre. Arrivée sur place, MSF dénonce une "situation sanitaire catastrophique", un bilan qu'a récemment confirmé l'ONU.

Le camp dispose de seulement quatre toilettes, dont certaines fonctionnent à peine. Il n'est pas pourvu de douche et n'a qu'un accès irrégulier à de l'eau non potable, rapporte ainsi MSF. "C'était une catastrophe sanitaire. Une épidémie de tuberculose faisait probablement rage depuis des mois dans ces locaux", déclare Julien Raickman, chef de mission de l'ONG en Libye.

Depuis septembre 2018, ce ne sont pas moins de 22 personnes qui sont ainsi mortes de maladies au camp de Zintan, soit deux à trois personnes chaque mois. Les équipes de MSF tentent désormais de réparer l'approvisionnement en eau du camp et de mettre rapidement en place une activité médicale et humanitaire stable. "Pendant des mois, des années pour certains, des centaines de personnes ayant besoin d'une protection internationale (…) ont été abandonnées à leur sort dans ces centres, pratiquement sans assistance", dénoncent les équipes sur place.

Le HCR a accès aux camps officiels

De leur côté, les responsables du Haut commissariat pour les réfugiés de l'ONU (HCR) ont accès aux camps officiels du pays. Selon la porte-parole du HCR en Libye, Paula Esteban, l'organisation s'y rendrait même régulièrement pour prodiguer des soins médicaux. Cependant, la nourriture serait, elle, gérée directement par les autorités libyennes, selon le site InfoMigrants. Un point particulièrement critiqué par les ONG.

"Je ne sais pas où est ma place sur cette planète"

Malgré la violence des affrontements que subit le pays, les garde-côtes libyens continuent de ramener en Libye les personnes interceptées en mer. Depuis janvier, plus de 2300 personnes ont ainsi été ramenées et enfermées dans un des 16 centres de détention du pays.

"Nous avons été abandonnés ici. Je ne peux pas rentrer et personne ne veut de nous ailleurs. Je ne sais pas où est ma place sur cette planète", déplore un réfugié érythréen d'une vingtaine d'années, détenu à Zintan.

L'évacuation des camps par le HCR et la réinstallation des réfugiés dans d'autres pays se fait actuellement au compte-goutte. Le 3 juin 2019, le HCR a ainsi évacué 96 des 900 migrants de Zintan vers la structure que l'organisation gère à Tripoli, la capitale libyenne. Les réfugiés y attendent leur évacuation imminente hors de Libye. Fin 2018, l’ONG Amnesty International estimait à 8000 le nombre de migrants et réfugiés incarcérés dans le pays.