Libye : un champignon toxique décime les poissons du lac d'eau douce de Wadi Kaam

A 100 km à l'est de la capitale Tripoli, le barrage de Wadi Kaam, terminé en 1979, constitue une réserve importante d'eau douce et de poissons dans un pays où le désert est majoritaire. Or, voilà qu'un champignon, venu de la mer toute proche, met en péril ce milieu vital.                                                                               

D\'innombrables poissons morts flottent entre deux eaux ou s\'échouent sur les rives du lac Wadi Kaam (nord-ouest de la Libye). Le 2 février 2019.
D'innombrables poissons morts flottent entre deux eaux ou s'échouent sur les rives du lac Wadi Kaam (nord-ouest de la Libye). Le 2 février 2019. (AYMAN AL-SAHILI / REUTERS)

Localement, les causes invoquées sont, pêle-mêle, la pollution, des températures froides et la surpopulation environnante. Sans plus de démonstration.

Des scientifiques de l'Université islamique Asmaria, située dans la ville voisine de Zliten, ont effectué des tests sur des poissons échoués sur les rivages du lac.

"Il y a énormément de poissons qui meurent en masse ici dans le lac Wadi Kaam. Après des tests et une inspection initiale à l'université, il est apparu que ces morts massives sont dues à une sorte de champignon, appelé champignon de l'eau, qui infecte le poisson. Ce type de champignon se multiplie surtout à de basses températures", explique Ali Okasha, directeur du département des sciences de l'environnement.

Cette moisissure spécifique, dont on ne sait pour l'instant ce qui l'a déclenchée, se fixe sur les ouïes du poisson, obstruant sa respiration. 

Selon le scientifique responsable des recherches, le nombre considérable de poissons morts pourrait également souiller le lac.

Pêche aux poissons morts par les scientifiques, pour procéder à leur dissection. Lac de Wadi Kaam, le 2 février 2019.
Pêche aux poissons morts par les scientifiques, pour procéder à leur dissection. Lac de Wadi Kaam, le 2 février 2019. (AYMAN AL-SAHILI / REUTERS)

"Comme vous pouvez le constater, le problème réside dans la mort d'un nombre considérable de créatures vivantes, de poissons, que ce soit la carpe, le tilapia ou d'autres types de poissons qui peuplent ce lac. Cela a sûrement un effet sur la nature et il est possible que la décomposition du poisson entraîne une plus grande pollution de l'eau", complète le scientifique.

M. Okasha recommande de ne pas consommer de poissons du lac en grande quantité, même s'il n'a pas encore prouvé que le champignon soit nocif pour l'homme.

L\'eau douce du lac de Wadi Kaam est d\'abord destinée à l\'irrigation. Le 2 février 2019.
L'eau douce du lac de Wadi Kaam est d'abord destinée à l'irrigation. Le 2 février 2019. (AYMAN AL-SAHILI / REUTERS)

"Il est vraiment honteux que nous puissions avoir toute cette beauté et cette nature, seulement pour les détruire et les négliger. C'est vraiment horrible et ça doit changer ", ajoute M. Okasha, dépité.

Le lac Wadi Kaam représentait autrefois une escapade estivale attirant à la fois touristes et habitants. Son eau provient, pour une infime partie, de la petite source d'un ancien oued (wadi) et, essentiellement, des précipitations.