Libye : la progression du maréchal Haftar dans le sud provoque des tensions jusqu'au Tchad voisin

Dans la Libye, toujours divisée en deux zones principales de pouvoir, le maréchal Haftar, qui contrôle l’est du pays, joue sur sa progression dans les zones désertiques du sud, pour accroître son influence au détriment du gouvernement internationalement reconnu de Fayez al-Sarraj installé à Tripoli. Des opérations qui ont des conséquences jusqu’au Tchad.

Des soldats de Khalifa Haftar patrouillent dans Sebha, ville du sud libyen.
Des soldats de Khalifa Haftar patrouillent dans Sebha, ville du sud libyen. (/ AFP)

De nombreux médias font état d’une progression des forces du maréchal Haftar dans le sud libyen. Cette opération "Dignité", destinée à étendre sa zone, ne se fait pas sans dégâts. "Son avancée vers le champ pétrolier de Sharara, situé à proximité d’Oubari, a soulevé une vive émotion chez les Touaregs. Il n’est pas anodin que le gouvernement de Fayez al-Sarraj ait nommé une figure militaire touareg, Ali Kanna, commandant de la 'zone militaire sud', avec pour objectif de rétablir l’autorité de Tripoli dans la région", notait Le Monde (lien payant) début février. 

L'avancée des troupes de l'homme fort de l'est de la Libye, soutenu notamment par l'Egypte, se fait en s'appuyant sur une partie des populations locales qui se retrouvent souvent déstabilisées par les luttes d'influences menées par les différents clans libyens. Cette progression suscite parfois les oppositions d’une partie de ces populations, qu’elles soient touaregs ou toubous. "A Sebha, les forces de Haftar vont évoluer sur un terrain ethnique hautement volatil, marqué en particulier par la rivalité entre les Toubous et la tribu arabe de Ouled Slimane. Cette dernière ayant pour une grande partie rallié l’ANL de Haftar, le maréchal risque d’apparaître comme l’instrument d’une 'revanche arabe' contre la minorité des Toubous, qui avait renforcé son emprise locale depuis la révolution de 2011", précise Le Monde.

Fermeture de la frontière entre la Libye et le Tchad

Cette agitation dans le sud de la Libye a des conséquences hors du pays. Le ministre tchadien de la Sécurité Mahamat Abali Salah a confirmé la fermeture de la frontière entre son pays et la Libye. Cette décision, quasi impossible à mettre en œuvre en raison de la longueur de ladite frontière, a été motivée par les problèmes sécuritaires qui se multiplient dans la zone, tout comme les trafics divers selon le Tchad. Objectif : prévenir les incursions des groupes rebelles armés, quelques semaines après l’entrée d’un groupe armé au Tchad depuis la Libye, qui avait provoqué l’intervention de l’armée française.

Interrogé par Jeune Afrique, Roland Marchal, chercheur au CNRS et spécialiste des conflits dans l’Afrique subsaharienne, relativise cependant l'aspect international de cette crise : "La fermeture de cette frontière est plutôt symbolique. Idriss Déby Itno essaye de faire monter la pression en attirant l’attention sur le pays, afin de bénéficier de l’aide internationale. Le Tchad traverse une sérieuse crise économique et sociale."

Quel est le rôle de la France ?

Ces incursions au Tchad pourraient être une des conséquences de l'agitation militaire du maréchal Haftar qui repousse ses opposants. "Le régime d'Idriss Déby Itno est confronté à une recrudescence des attaques de différents groupes armés qui profitent du chaos provoqué par l'absence de l'Etat dans cette zone désertique et montagneuse à cheval entre les deux pays. En plus des trafiquants de tous acabits, des groupes rebelles ont également essaimé dans la zone en dépit de l'offensive menée par l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar", précise Tribune Afrique.

On l'a vu, la France, militairement très présente dans la région en raison de la situation au Mali, est intervenue militairement. Et selon le site Orient XXI, "l’implication directe de la France, qui a mis au service de Haftar ses avions de surveillance et de reconnaissance vient confirmer le tournant de la politique française en Libye. C’est l’alliance stratégique dans laquelle la France est insérée avec les pays du Golfe qui détermine sa politique en Libye." 

Pour simplifier la compréhension de la région, l'universitaire Ali Bensaad avance que les Toubous, qui depuis toujours contrôlent les échanges dans cette région, qui s’étend sur au moins trois pays (Libye, Tchad et Niger) seraient pris dans l'opposition entre Rome (ancienne puissance coloniale de la Libye) et Paris.

La déstabilisation de la Libye n'en finit pas d'ébranler la région et en particulier le sud libyen où les frontières poreuses ont toujours été le théâtre de nombreux commerces ou trafics (tout comme les activites d'orpaillage).