Le Sahel, "zone grise" à éviter, selon l'Elysée

Bernard Kouchner, le ministre des affaires étrangères, est arrivé dans la soirée en Mauritanie - avant le Mali et le Niger - afin d'examiner sur place les mesures de sécurité pour les ressortissants français. _ Nicolas Sarkozy lui a demandé de s'y rendre, après avoir confirmé la mort de Michel Germaneau, dans cette région sahélienne. Une zone de non-droit, jugée incontrôlable... où pourtant 30.000 Français voyagent chaque année.

(Radio France © France Info)

Les services de renseignements appellent cette zone du Sahel, située entre le Niger, le Mali et la Mauritanie, "une zone grise" : littéralement, une de ces régions du monde qui, confrontées à des crises sans fin ou à des conflits gelés, s’enfoncent dans des espaces de "non-droit".

Nicolas Sarkozy, au sortir du conseil restreint sur la mort de Michel Germaneau, a demandé "instamment" aux Français de ne plus s'y rendre. Pourtant, ils sont au moins 30.000 à y voyager chaque année, selon les professionnels du tourisme. Dans les zones dites "sécurisées" du Sahel. Or ce secteur entre le Niger et le nord du Mali, "plus aucun touriste n'y va depuis des années", affirment les voyagistes.

C'est là que se terrent les membres d'Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique. Une zone où "les risques d'enlèvement" sont très élevés, selon la rubrique "conseils aux voyageurs" du ministère des Affaires étrangères.

Cette zone, de deux fois la superficie de la France, est un désert où se croisent trafiquants en tout genre, rebelles touareg et un noyau de djihadistes. Selon le ministre français de la Défense Hervé Morin, ces islamistes armés d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) seraient "450 à 500 hommes disséminés sur toute la bande sahélienne et qui sont extrêmement actifs et déterminés pour faire la guerre contre l'Occident".

La montée en puissance d'Al Qaïda dans la zone

Une autre cellule d'Aqmi distincte de celle qui a exécuté Michel Germaneau, retient toujours en otage deux Espagnols Albert Vilalta et Roque Pascual, enlevés le 29 novembre 2009 en Mauritanie et emmenés au Mali.
Mais leur sort suscite moins d'inquiétude, car les motivations de leurs ravisseurs sont essentiellement financières. On estime en Mauritanie que ce sont davantage des commerçants que des islamistes purs et durs.

A l'inverse, le groupe qui détenait Michel Germaneau est dirigé par un Algérien extrémiste décrit comme "violent et brutal", Abdelhamid Abou Zeïd, surnommé "l'émir à la barbichette". Lui avait déjà
tué il y a treize mois un autre otage occidental, le Britannique Edwin Dyer. Il s'était aussi illustré en décapitant douze soldats mauritaniens lors d'une
attaque en septembre 2008 contre une caserne dans le nord-ouest de
la Mauritanie.

L'organisation Aqmi en tout cas est sous haute surveillance. Le Centre français de recherche sur le renseignement notait, il y a un an, qu'"Aqmi remontait en puissance".

Les "efforts communs" de la France et de la Mauritanie "vont se poursuivre" dans la lutte contre "les terroristes" a affirmé dans la soirée Bernard Kouchner, à son arrivée à Nouakchott. "La bande sahélo-saharienne ne sera pas laissée aux bandes terroristes, aux trafiquants d'armes et de drogue".

Cécile Quéguiner