Le pétrole, enjeu d'un conflit frontalier maritime entre Kenya et Somalie

En août 2014, la Somalie a saisi la Cour internationale de justice afin d’obtenir satisfaction sur le différend qui l’oppose au Kenya sur leur frontière maritime. La cour rendra sa décision début septembre.

Vue du port de Mogadiscio en Somalie.
Vue du port de Mogadiscio en Somalie. (FEISAL OMAR / X02643)

Ce n’est pas le premier différend du genre en Afrique, où les frontières maritimes comme terrestres sont issues de l’héritage colonial. Mais l’indépendance et les découvertes de ressources naturelles ont changé la donne. Depuis, les pays tentent de mettre de l’ordre dans leurs prétentions territoriales, en particulier en mer, car la notion de zone économique exclusive (ZEE) a aiguisé les appétits. Les Etats peuvent prétendre aux richesses marines, jusqu’à 200 milles marins de leurs côtes.

Ainsi en 2009, Kenya et Somalie engagent des pourparlers pour définir leur frontière. Mais la guerre en Somalie, puis les attentats meurtriers au Kenya gèlent le processus. Finalement, afin de déjouer ce qui lui semble être un pourrissement du dossier recherché par Nairobi, la Somalie décide de porter l’affaire devant la justice internationale.

L’enjeu est de taille car la frontière que propose Mogadiscio, perpendiculaire au trait de côte, fait perdre 100 000 km² de ZEE au Kenya. Or, dans cette zone contestée il y a du pétrole, beaucoup de pétrole. Le Kenya a déjà octroyé des licences d’exploration notamment à Total ou à l’Italien ENI. Mogadiscio a accusé Nairobi de "voler son pétrole" et, début 2019, a vendu aux enchères des blocs de prospection dans la zone incriminée, la considérant de facto comme somalienne.

Le Kenya joue l'apaisement

Tout cela commence à sentir sérieusement la poudre. Face à la détermination somalienne, le Kenya joue l’apaisement. "Nous souhaitons, en tant que bons voisins, régler ce problème à l'amiable. Les amis ne se traduisent pas en justice ; ils s'assoient et discutent. C'est ce que nous attendons de la Somalie", a déclaré Macharia Kamau, le responsable de la diplomatie kényane.

Outre le pétrole, l’enjeu est également de taille pour les pêcheurs de la région de Lamu qui perdraient une grande partie de leur zone de pêche. Certains évoquent la perte potentielle de 40 000 tonnes de poissons chaque année, soit en valeur 56 millions d’euros. Volume estimé, mais loin d’être atteint jusqu’à présent.

Peter Kagwanja, le directeur général de l’Africa Policy Institute, dans une tribune publiée dans le Daily Nation affirme même que la nouvelle démarcation "réduira considérablement les eaux territoriales du Kenya, fermant son accès aux routes internationales et le transformant littéralement en 'pays sans littoral'".

La cour de La Haye siègera en septembre 2019 pour rendre sa décision. Et malgré une importante opération de relation publique, la cause n’est pas gagnée pour le Kenya.