Guinée : quel tribunal pour juger Alpha Condé qui a rendez-vous avec la justice ?

Le temps de répondre de ses crimes présumés est arrivé pour l'ancien président guinéen qui a été renversé par un coup d'Etat le 5 septembre 2021.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Un affiche déchirée de l'ancien président de la Guinée Alpha Condé, photographiée à Conakry, la capitale guinéenne, le 16 septembre 2021.  (JOHN WESSELS / AFP)

La machine judiciaire contre l'ancien président guinéen Alpha Condé est lancée. Le procureur général de Conakry Alphonse Charles Wright, nommé par la junte au pouvoir en Guinée depuis 2021, a annoncé le 4 mai 2022 des poursuites contre l'ancien chef de l'Etat et une trentaine d'anciens hauts responsables sous sa présidence, notamment pour assassinats, actes de torture et enlèvements.

Le procureur du tribunal de première instance de Dixinn, dans la banlieue de la capitale guinéenne Conakry, a été chargé d'engager les poursuites "sans délai" pour les faits présumés de "meurtre, assassinat et complicité", disparitions forcées, détentions, enlèvements, actes de torture, coups et blessures volontaires, viols et agressions sexuelles ou encore actes de pillage.

La justice guinéenne agit suite à l'action engagée en janvier 2022 par le Front national de défense de la Constitution (FNDC), un collectif qui a mené pendant des mois à partir d'octobre 2019 la contestation contre un troisième mandat d'Alpha Condé. La répression de ces protestations, souvent brutale dans ce pays coutumier des violences politiques, a fait des dizaines de morts, quasiment tous civils. Alpha Condé, 84 ans aujourd'hui, a été renversé le 5 septembre 2021 lors d'un putsch conduit par le colonel Mamady Doumbouya à la tête de ses forces spéciales.

Qui va juger Alpha Condé ? 

Depuis l'annonce des poursuites judiciaires, la question que de nombreux Guinéens se posent est la suivante : par quel tribunal sera-t-il jugé ? Notamment du fait de la notion de privilège de juridiction qui stipule qu'un individu, compte tenu des fonctions qui'il a occupées dans la société, ne peut pas être jugé par la même juridiction qu'un citoyen lambda. C'est du moins ce que prévoyait pour le président de la République l'ancienne Constitution guinéenne, désormais dissoute. "Est-ce que les tribunaux guinéens sont capables, notamment celui de Dixinn ? Est-ce qu’il y a des magistrats compétents et courageux ? Est-ce que l'infrastructure judiciaire existe ? Est-ce que l’outil judiciaire existe pour juger un ancien président ?", s'interroge Abdoulaye Bah, un des responsables de l'Union des forces démocratiques de Guinée, principal parti d'opposition sous Alpha Condé, sur le site d'informations Guinéematin.com"On aurait préféré la création d’une cour spéciale pour juger les crimes de sang." A l'instar de la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief) qui a été été créée par la junte en décembre 2021.

Le site d'information Guinéenews a d'ailleurs enquêté sur la compétence de cette cour pour juger l'ancien président. Selon certains juristes, "la Crief a la plénitude des compétences de la haute cour de justice. Inutile donc de créer une autre juridiction spéciale pour juger les crimes de sang reprochés Alpha Condé et à 26 autres anciens dignitaires de son régime. La Crief est donc compétente pour juger les crimes de sang commis par les présidents de la République et les ministres." Pour d'autres experts interrogés par le site d'information, la mission "dévolue" à la Crief, "ce sont les crimes et délits économiques et financiers"...

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