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Tunisie : vers une large victoire des islamistes modérés

Le parti islamiste Ennahda revendique 40% des voix. Le parti démocrate progressiste PDP (centre-gauche) a d'ores et déjà pris "acte de sa défaite".

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Rached Ghannouchi, le leader du parti islamiste Ennahda, à la sortie de son bureau de vote à Tunis, le 23 octobre 2011. (FETHI BELAID/AFP)

En Tunisie, les résultats officiels ne seront connus que mardi 25 octobre dans l'après-midi, mais la tendance paraît irréversible. Le parti islamiste modéré Ennahda avance qu'il a  "près de 40 % des voix", selon un de ses dirigeants, qui espère obtenir au moins 60 sièges sur 217 à l'Assemblée constituante élue dimanche.

Le centre-gauche reconnaît sa défaite

Bien que ces chiffres soient toujours à prendre avec prudence, le principal rival d'Ennahda, le parti démocrate progressiste PDP (centre-gauche) a pris "acte de sa défaite". Sa secrétaire générale a affirmé lundi 24 octobre que son parti se rangerait dans le camp de l'opposition à la future majorité, qui devrait être conduite par les islamistes.

Ennahda, interdit sous l'ancien Président Ben Ali, est mené par Rached Ghannouchi. Il se réclame d'un islam modéré et promet de ne pas toucher au statut des femmes, le plus avancé du monde arabe. Il prône également un gouvernement de large union.

Le lundi 24 octobre au soir, après avoir annoncé sa future victoire, Ali Larayd, membre du comité exécutif du parti, a annoncé qu'Ennahda était prêt à une coalition avec deux partis laïcs: "Nous sommes prêts à former une alliance avec le Congrès pour la république de Moncef Marzouki et l'Ettakatol de Moustapha Ben Jaafar puisque leurs opinions ne sont pas éloignées des nôtres et que ces deux partis ont obtenu un grand nombre de suffrages".

Une participation au-delà des espérances

Le plus grand motif de satisfaction est le taux de participation. Les Tunisiens se sont déplacés en nombre, dimanche 23 octobre, pour voter aux premières élections libres de leur histoire. Plus de 90 % des inscrits volontaires se sont rendus dans les bureaux de vote, selon l'Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie).

Lors du processus d'enregistrement qui s'est déroulé cet été, 4,1 millions de Tunisiens se sont inscrits sur les nouvelles listes électorales. Les trois autres millions d'électeurs potentiels qui ne s'étaient pas inscrits ont tout de même pu voter dimanche sur présentation de leur carte d'identité. "Une fois que ces personnes non inscrites sur les listes électorales auront été comptabilisées, on pourra extraire le taux de participation total", explique Larbi Chouikha, de l'Isie. 

Un enjeu pour tout le "printemps arabe"

Neuf mois après la révolution tunisienne, et alors que Ben Ali est toujours en fuite en Arabie saoudite, les électeurs ont choisi les 217 élus d'une Assemblée qui devra rédiger une Constitution et désigner un exécutif qui gouvernera jusqu'aux prochaines élections générales. Les Tunisiens ont dû départager 11 686 candidats, répartis sur 1 517 listes présentées par 80 partis et des "indépendants", ces derniers représentant 40 % des candidats. La parité est obligatoire mais les femmes ne sont que 7 % à mener des listes. 

Dimanche en fin de journée, ni l'Isie ni les observateurs internationaux n'avaient constaté de dysfonctionnement majeur. Toutefois, Kamel Jendoubi, président de l'Isie, a relevé des "irrégularités", notamment "des pressions sur les électeurs analphabètes" et des "SMS pour influencer le vote". Crucial pour les Tunisiens, l'enjeu l'est aussi pour le "printemps arabe" : sa réussite ou son échec enverront un signal déterminant aux peuples qui se sont soulevés dans la foulée de la révolution tunisienne.

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