Les violences ethniques se multiplient en Ethiopie et menacent l'avenir du pays

Plus de cent personnes ont été tuées dans l’attaque d’un village dans l’ouest de l’Ethiopie, le 23 décembre 2020. Un nouvel épisode des conflits inter-ethniques qui se multiplient dans tout le pays.

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France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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Les violences se multiplient en Ethiopie, poussant la population à fuir le pays. Depuis la région du Tigré beaucoup se réfugient au Soudan comme sur cette photo prise le 1er décembre 2020. (BAZ RATNER / REUTERS)

Les assaillants sont arrivés avant l'aube le 23 décembre dans le village de Bekoji et ont attaqué les habitants dans leur sommeil. En l'absence de forces de sécurité, ils ont pu poursuivre leur sinistre besogne jusqu'au début de l'après-midi.

Un massacre selon la Commission éthiopienne des droits humains, un organisme rattaché au gouvernement, qui a rendu publique cette attaque. Plus d'une centaine de personnes ont trouvé la mort, 36 autres ont été prises en charge pour des blessures dans un hôpital de la ville de Bulen, à 90 km de là, selon la Commission. Selon des témoins, les hommes armés ont également incendié des maisons et des cultures.

Plus de cent morts

La région de Metekel où se situe le village attaqué, fait partie de l'Etat de Benishangul-Gumuz dans l'ouest de l'Ethiopie. Elle est frontalière de l'extrême sud-est du Soudan. Région essentiellement rurale et peu peuplée, sa population y est composée d'une mosaïque de groupes ethniques: Gumuz, Shinasha, Amharas, Oromos, etc.

Selon Amnesty International qui a contacté des témoins rescapés, cette attaque serait l'œuvre de membres de l'ethnie Gumuz qui ont visé les habitants des communautés Amhara, Oromo et Shinasha. L’ONG reconnait ne pas être en mesure de vérifier l'identité des auteurs. Elle penche cependant pour un nouvel épisode du conflit ethnique qui ensanglante la région depuis quelques mois.

Ainsi, le 1er novembre dernier, c'est l'ethnie amhara qui était visé lors de l'attaque du village de Gawa Qanqa. Le bilan provisoire faisait état de 54 morts. Selon des survivants, les assaillants ont revendiqué leur appartenance à l'Armée de libération des Oromos (OLA).

Engrenage de violences

Les habitants sont pris dans un engrenage de violences perpétrés par des groupes armés qui viennent de toutes les ethnies. Des groupes qui profitent du retrait des troupes de l'armée régulière pour mener leur action. "Le fait que cet horrible incident se soit produit peu de temps après le retrait brutal des troupes gouvernementales de la région dans des circonstances inexpliquées soulève des questions auxquelles il faut répondre", expliquait Amnesty International en novembre, lors de l'attaque de Gawa Qanqa.

Abiy Ahmed affaibli

La scène s'est reproduite à l'identique à Bekoji. Les tensions étaient fortes, mais police et armée ne sont restées sur place que quelques heures, laissant le terrain sans défense. C'est aussi un sérieux revers pour le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed qui s'était rendu dans la région la veille de l'attaque pour tenter de ramener le calme.

Sa volonté d'en finir avec le partage ethnique du pays est une nouvelle fois mise à mal. Après le Tigré, mais aussi l'Oromia, un nouveau front semble s'ouvrir dans un pays de plus en plus déchiré.

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