La chercheuse Timnit Gebru, remerciée par Google qu'elle accuse de discrimination

4500 personnes dont des chercheurs et des salariés de la société Google, soutiennent Timnit Gebru. Cette éminente chercheuse en intelligence artificielle a été, selon elle, congédiée par Google pour ses critiques sur l'éthique de son employeur.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Timnit Gebru lors d'un colloque à San Francisco le 3 septembre 2018. (KIMBERLY WHITE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

"Google fait taire les voix marginalisées". Ces propos tenus par Timnit Gebru, serait à l'origine de son départ de la compagnie.
Chez Google, Timnit Gebru était en charge de l'équipe travaillant sur les questions d'éthique dans l'intelligence artificielle.

D'origine éthiopienne, la jeune femme a fait ses études aux Etats-Unis à l'université de Stanford. Puis elle rejoint Microsoft et cofonde en parallèle "Black in AI". Une organisation qui vise à augmenter la représentativité des personnes noires dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Une spécialiste reconnue

Une de ses études, Gender Shades, est particulièrement remarquée. Elle dénonce les biais des algorithmes de reconnaissance faciale, moins performants dans la reconnaissance des personnes de couleur, en particulier des femmes. Par la suite elle intègre Google.

Timnit Gebru prétend que son licenciement par Google fait suite à un courriel à un groupe de personnes, où elle accusait Google "de faire taire les voix marginalisées." Selon ses soutiens, "au lieu de reconnaissance pour son travail, elle a du faire face au racisme, à l’étouffement, à la censure de sa recherche" expliquent-ils dans une lettre ouverte.

Mise en cause de son travail

Or suite à ses écrits, elle aurait reçu un courrier de Google acceptant sa démission, qu'elle n'a jamais annoncée selon elle. Google a ensuite élargi publiquement ses reproches, mettant en cause le travail de la chercheuse sur l'éventuelle utilisation d'un logiciel. On lui a demandé de retirer son article, qui selon les responsables n'avait pas atteint un niveau acceptable pour une publication.

Le texte "présentait des lacunes importantes qui nous empêchaient d’être à l’aise avec l’idée d’y associer le nom de Google", affirme Jeff Dean, le patron du département Intelligence artificielle de Google. La critique est de taille, concernant une personne reconnue pour son expertise dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Google reconnaît un "malaise"

Un malaise suffisamment important pour que Sundar Pichai, le patron de Google sorte de son silence. S'il n'a pas reconnu que le départ de la chercheuse de l'entreprise était un licenciement (ce que Timnit Gebru prétend), il annonce que les circonstances de son départ devront être éclaircies. "Nous devons accepter notre responsabilité dans le fait qu’un leader noir éminent, une femme avec un immense talent, a quitté Google malheureusement."

Un peu court aux yeux des défenseurs de Timnit Gebru, qui attendaient des excuses. Car cette affaire interroge sur la politique globale de Google. "Je ne peux pas être sûr qu'aucune recommandation radicale faite par un article n'a été soigneusement élaguée par quelqu'un de Google" explique dans le Guardian, Ali Alkhatib, chercheur au Center for Applied Data Ethics de l'Université de San Francisco.

L'éthique en question

Cela pose question également sur l'éthique du groupe, de plus en plus mise à mal en interne. Les accusations de racisme, d'agressions sexuelles, de surveillance des salariés se multiplient. Cette éthique fait-elle aussi débat sur les produits de l'entreprise? Des produits de plus en plus intrusifs dans la vie des gens.

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