Quand les singes d’Afrique de l’Ouest tirent la sonnette d’alarme

Ces primates sont capables d’émettre des cris d’alarme rapidement compris par leurs congénères.

Un singe vert (Chlorocebus sabaeus) dans le parc national du Niokolo-Koba au Sénégal.
Un singe vert (Chlorocebus sabaeus) dans le parc national du Niokolo-Koba au Sénégal. (AFP - FRANS LANTING / FRANS LANTING STOCK)

Poursuivis par… un drone, des singes verts (Chlorocebus sabaeus) ont été capables de produire un nouveau cri d'alarme rapidement compris par leurs congénères. Ce qui suggère que l'espèce a en elle un répertoire d'expressions inné. L’engin volant a été utilisé dans le cadre d’une étude menée par des scientifiques allemands avec 80 singes verts du Sénégal. Etude parue le 27 mai 2019 dans la revue scientifique britannique Nature Ecology & Evolution. Ces singes, qui vivent en Afrique de l'Ouest, sont notamment reconnaissables à leur face noire bordée de poils blancs.

Pour mieux comprendre comment ils communiquent entre eux, les chercheurs allemands ont testé leurs réactions face à l'apparition d'un drone dans le ciel. Un "danger" qui leur était jusque-là inconnu. Résultat : les primates se sont mis à pousser des cris bien différents de ceux émis quand ils aperçoivent des léopards ou des serpents.

Devant les menaces, ils préviennent leurs semblables en émettant des sons spécifiques à chaque danger. Après le son "léopard", ils grimpent dans les arbres. Après l'alerte "serpent", ils s'immobilisent sur deux pattes. "Les appels donnés en réponse au drone se distinguaient clairement de ceux poussés face à d’autres prédateurs", explique l’étude.

Un singe vervet (ou vervet bleu, Chlorocebus pygerythrus) dans le parc Kruger en Afrique du Sud
Un singe vervet (ou vervet bleu, Chlorocebus pygerythrus) dans le parc Kruger en Afrique du Sud (AFP- PATRICE CORREIA / BIOSPHOTO)

Quand les chercheurs ont rediffusé ces nouveaux cris d'alerte par haut-parleurs, les primates se sont mis à scruter le ciel ou à s'enfuir, "suggérant qu'ils avaient immédiatement appris la signification de ce son". "Une seule exposition à une nouvelle menace peut suffire", explique Julia Fischer, coauteure de l’étude, qui travaille au Deutsches Primatenzentrum (Centre allemand des primates), installé à Göttingen en Allemagne. Une rapidité d'assimilation qui semble écarter l'apprentissage.

Vervet bleu


Etonnamment, les appels des primates sénégalais "étaient très similaires aux appels de danger émis par le singe vervet originaire d’Afrique de l’Est" (Chlorocebus pygerythrus) quand celui-ci aperçoit un aigle. Leurs réactions étaient également les mêmes. Et ce bien que les deux lignées (de l'Est et de l'Ouest) aient divergé il y a quelque 3,5 millions d'années et que les singes verts ne soient jamais confrontés aux aigles. Autre différence : le singe vervet, parfois appelé aussi vervet bleu, figure sur la liste rouge des espèces en danger.

Selon l'étude, la similarité des appels montre que le cri d'alerte est un réflexe physiologique enraciné dans l'histoire évolutive de ces singes. Un peu comme l'humain né avec "un répertoire inné d'expressions préverbales (les rires, les cris, les gémissements...)", explique un autre coauteur de l'étude, Kurt Hammerschmidt, lui aussi du Deutsches Primatenzentrum.