La Banque mondiale au chevet du fleuve Niger devenu un «vaste égout collectif»

Sauver le fleuve Niger qui se meurt. La formule est sur toutes les lèvres depuis plusieurs années au Mali et dans les grands forums consacrés à l’environnement. Mais les multiples sonnettes d’alarmes déclenchées par les spécialistes sont restées sans grand effet. La Banque mondiale vient de marquer le coup en approuvant un projet de réhabilitation de ce fleuve dans sa partie malienne.


Le projet approuvé par la Banque mondiale sera financé à hauteur de 27,8 millions de dollars. Il s’agit de restaurer l’environnement le long du fleuve Niger et d’améliorer les moyens de subsistance pour les millions de personnes dont la survie est en jeu. Il est prévu notamment des opérations de dragage de sable qui menace la navigation de plus en plus compromise.

Une biodiversité unique au monde
A la tribune de la COP21 qui s’est réunie à Paris en novembre 2015, le président malien Ibrahim Babakar Keita avait tiré la sonnette d’alarme et lancé un appel à la solidarité internationale pour sauver le fleuve Niger.

«Véritable sève nourricière de notre pays qu’il arrose sur 1700 km du Sud au Nord, il permet de transporter, de nourrir et d’abreuver des millions de personnes sur son parcours. Dans son delta, le Niger abrite une biodiversité unique au monde. C’est ce trésor qui se dégrade littéralement, en cédant sa place, peu à peu, à la désertification, à l’ensablement et à l’assèchement de son lit», avait plaidé le chef de l’Etat malien.

Le Niger est le troisième plus long fleuve d’Afrique après le Nil et le Congo. Avec une longueur de plus de 4200 km, son bassin s’étend sur environ 2 millions de km² au cœur de l’Afrique de l’Ouest et une partie de l’Afrique centrale. Il prend sa source en Guinée et traverse le Mali, le Niger, le Bénin et le Nigeria.

C’est une entité vitale pour le Mali qui nourrit 85% de la population. Toutes les activités socio-économiques du pays sont liées à la bonne santé de ce fleuve, transformé aujourd’hui «en vaste égout collectif», comme le décrit le Directeur général de l’Agence du Bassin du fleuve Niger, Abdourahmane Oumarou Touré. Un dépotoir où se déversent toutes sortes de déchets.

La pollution et l’ensablement
Si le fleuve Niger se meurt, c’est en partie à cause du changement climatique, mais c’est aussi et surtout à cause des activités humaines. Dans les grandes agglomérations riveraines, tous les déchets domestiques finissent dans ce fleuve où ils se mélangent aux matières polluantes artisanales et industrielles.

Parmi les grands pollueurs incriminés, les chercheurs d’or sont particulièrement pointés du doigt. Leurs engins communément appelés dragues qui servent à extraire l’or au fond du fleuve utilisent des produits chimiques et toxiques: du cyanure et du mercure qui déciment les poissons.

«Le mercure est devenu une marchandise ordinaire. Il n’y a aucun contrôle pour l’utilisation de ce produit très nuisible pour la santé», s’alarme régulièrement la presse malienne.

Vient s’y ajouter l’ensablement du fleuve lié à l’avancée du désert et qui est à l’origine des inondations cycliques redoutées par les populations.

«A certains endroits, on peut traverser le fleuve à pied, alors que c'était inimaginable dans le passé», témoignent des riverains.

Les Maliens s’inquiètent et se mobilisent
En 2016, une étude menée par une entreprise hollandaise évaluait à 900 millions de m3, les déchets enfouis dans le lit du fleuve Niger, couvert à certains endroits par des plantes aquatiques (jacinthes et autres plantes nuisibles) dont la progression inquiète les riverains. C’est dire l’espoir suscité à Bamako par le projet de réhabilitation du fleuve qui a été approuvé par la Banque mondiale le 13 mars 2018.

Dans la capitale malienne, une association dénommée Sauvons le fleuve Niger a vu le jour en 2017. Elle regroupe des avocats, des médecins, des enseignants et des travailleurs maliens issus de toutes les catégories professionnelles. Tous ces volontaires veulent prendre une part active aux activités de désensablement du fleuve Niger pour qu’il coule plus librement.