Déchets italiens importés illégalement en Tunisie : de hauts responsables devant la justice

Comment les poubelles d'une région du sud de l'Italie sont-elles arrivées en bateau en Tunisie, pays déjà en difficulté avec ses propres déchets ? La presse tunisienne affirme que le ministre de l'Environnement a été arrêté. 

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Port de Sousse, où les douaniers tunisiens ont saisi 70 conteneurs de déchets au début de l’été, rapidement suivis de 212 autres conteneurs, le 26 novembre 2020.  (FETHI BELAID / AFP)

La saisie de centaines de conteneurs fait craindre une vaste affaire de corruption. Depuis que des douaniers du port de Sousse, ville de l'est de la Tunisie, ont saisi 70 grands conteneurs puis 212 autres au début de l'été, la douane et le ministère tunisien de l'Environnement se renvoient la balle. Le ministre de tutelle, Mustapha Aroui, a été limogé par le chef du gouvernement Hichem Mechichi. La presse tunisienne révèle qu'il avait été arrêté et sera présenté ce lundi 21 décembre devant la justice avec d'autres hauts responsables. 

Déchets "dangereux"

Les cargaisons mises en cause contenaient des déchets ménagers, dont l'exportation est interdite par la législation tunisienne comme par les conventions internationales qui les qualifient de "dangereux". Elles ont été importées par une entreprise locale, Soreplast, quelques semaines seulement après que cette société en sommeil a relancé ses activités – en mai , avec pour seule autorisation de recycler des rebuts plastiques industriels destinés à l'exportation. Selon le site Réalités, "l'Administration générale des douanes a demandé à l'entreprise de réexporter les marchandises car le fournisseur avait commis une infraction douanière, en déclarant que les conteneurs en provenance d'Italie contenaient des déchets plastiques destinés au recyclage, alors qu’il a été constaté qu’il ne s’agissait que d’ordures ménagères qui ne pouvaient en aucun cas être recyclées". Mais, à ce jour, les déchets sont toujours en Tunisie. 

Ramifications 

Le contrat a été passé avec une société basée au sud de Naples, Sviluppo Risorse Ambientali Srl, spécialisée dans la collecte et traitement des déchets en Campanie (sud). L'entreprise italienne est également restée injoignable malgré les démarches de l'AFP. Le document, dont l'AFP a obtenu une copie, prévoit l'élimination de 120 000 tonnes maximum, au prix de 48 euros par tonne, soit un total dépassant les 5 millions d'euros. Et cette affaire semble illustrer les ramifications du commerce illégal des déchets, qui augmente face au durcissement des normes européennes, et à la réticence grandissante de l'Asie, longtemps dépotoir des déchets occidentaux.

Dans un rapport en août, Interpol a ainsi alerté sur l'augmentation considérable des chargements de déchets plastiques illégaux depuis 2018. Un phénomène d'autant plus préoccupant que les infrastructures tunisiennes ne permettent pas au pays de surmonter ses propres besoins : seuls 61% des déchets de la capitale sont collectés, selon un rapport récent de la Banque mondiale, et la majorité aboutit dans des décharges à ciel ouvert.

"Lobbies de corruption" 

"Cette affaire montre qu'il y a de grands lobbies de corruption", affirme Hamdi Chebâane, expert en valorisation des déchets et membre d'une coalition d'associations, Tunisie Verte, mettant en cause le ministère de l'Environnement et de hauts responsables politiques. Selon lui, le ministère a subi d'importantes pressions d'hommes d'affaires ces dernières années pour permettre l'importation de déchets, mais "c'est la première fois" qu'une telle affaire est dévoilée.

"Comment la douane a-t-elle permis le dépôt de ces déchets sur le sol tunisien, alors qu'il n'y a aucune autorisation officielle ?"

Béchir Yahya, directeur du recyclage à l'Agence nationale de recyclage des déchets (Anged)

à l'AFP

L'Anged est, elle, accusée par la douane d'avoir donné son feu vert pour faire sortir les 70 premiers conteneurs du port. Les 212 autres conteneurs sont toujours dans un coin du port, où l'activité était très dense quand l'AFP s'y est rendue début décembre. Des experts judiciaires étaient affairés à en examiner le contenu, selon le directeur du port, qui en a interdit l'accès à l'AFP malgré une autorisation des ministères concernés.

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