35 000 euros le permis de tuer un éléphant au Botswana

Les autorités relancent la chasse au prétexte de régulation d'une population de l'animal devenue dangereuse.

Un éléphant dans le delta de l\'Okavango au Botswana.
Un éléphant dans le delta de l'Okavango au Botswana. (SERGIO PITAMITZ / BIOSPHOTO)

135 000 éléphants vivent sur le territoire du Botswana. Ce pays enclavé d’Afrique australe accueille l’immense réserve du Kalahari et le célèbre delta de l’Okavango, deux paradis pour les animaux. Le Botswana est devenu incontestablement le sanctuaire de l’éléphant d’Afrique, puisqu’il abrite près du tiers de la population très menacée de pachydermes estimée à 415 000 individus sur le continent. Dans ce contexte, l’annonce en décembre 2019 de mettre aux enchères des permis de chasse a choqué. Elle faisait suite à la décision prise quelques mois plus tôt d’autoriser la chasse, interdite depuis cinq ans. Les premières ventes ont eu lieu le 7 février 2020 dans les locaux du ministère de l’Environnement à Gaborone, la capitale. Une vente de sept lots de chasse autorisant à tuer dix éléphants chacun.

35 000 euros par tête

Selon Kitty Block de l’ONG américaine Humane Society, six lots ont été vendus pour un montant total d'un peu plus de deux millions d'euros, soit 35 000 euros par tête. Une vente réservée à des entreprises locales "ayant une expérience attestée de la chasse à l’éléphant", selon Alice Mmolawa, une responsable gouvernementale de la faune. Elle a également précisé à l’AFP que les expéditions devront être accompagnées en permanence par un guide et un chasseur professionnel.

Toujours selon Kitty Block, le Botswana devrait autoriser la chasse au total de 272 éléphants cette année. Les chasseurs étrangers pourront en tuer 202 et en exporter les trophées.

Cohabitation hommes-éléphants

Les fermiers se plaignent sans cesse des dégâts provoqués par les pachydermes sur leurs cultures. Parfois, les animaux peuvent même renverser mortellement des habitants. Le gouvernement entend donc limiter leur nombre par la chasse. "Nous espérons que le rétablissement de la chasse contribue de façon significative à la réduction des conflits entre humains et animaux en créant des populations viables et équilibrées", expliquait le président Mokgweetsi Masisi en novembre 2019 en annonçant l’instauration des permis.

Des éléphants traversent une route près de Kasane au nord du Botswana.
Des éléphants traversent une route près de Kasane au nord du Botswana. (MONIRUL BHUIYAN / AFP)

Un argument qui ne tient pas selon les associations de protection des animaux. Il y a des moyens plus pacifiques et non létaux de régler le conflit. Il existe notamment des moyens d’immunocontraception utilisés notamment en Afrique du Sud dans le célèbre parc Kruger (lien en anglais).

Clientèle fortunée

Les autorités entendent aussi développer un tourisme de luxe autour de ces chasses, réservées à des clients plus que fortunés. La chasse coûte plusieurs milliers de dollars chaque jour au chasseur et peut durer entre 10 et 18 jours. Car au permis de chasse, il faut ajouter l'équipe, le transport, les vivres. Mais, disent les ONG, la corruption a empêché la population locale de percevoir les bénéfices de ce tourisme haut de gamme.

En autorisant de nouveau la chasse, le Botswana s’est aligné sur ses voisins. La Namibie donne 90 permis, le Zimbabwe, second territoire des pachydermes, 500. Le touriste de safari est une denrée précieuse. Un chasseur très chassé en quelque sorte.