En Afrique, la réalité des "camps de sorcières"

 Les superstitions perdurent : accusée de sorcellerie, une jeune fille devra passer le reste de ses jours dans un « camp de sorcières ». C’est le scénario d’un film, mais aussi une réalité en Afrique. 

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 Un conte d’Afrique

 Dans le film de Rungano Nyoni : I’m not a witch, une jeune fille, Shula âgée de 9 ans est accusée de sorcellerie.Elle aurait fait trébucher une femme par la force de son regard.Elle devra finir ses jours dans un camp de sorcière.Une réalité ancrée dans le quotidien africain, dans des pays comme la Zambie, le Kenya ou le Ghana.De nombreuses femmes sont bannies de leurs villages par mesure de « sécurité » pour les habitants et enfermées dans des camps de sorcières, à l’isolement, privées d’eau et d’électricité.C’est le cas d’Adisa Inifa, contrainte d’y vivre pendant 30 ans : « Ils nous ont dégagées de nos villages sans raison. Ils ont proclamé que nous étions des sorcières, mais nous ne savons pas quel crime nous avons commis ».  

Ancré dans les mœurs

 De nombreuses raisons sont invoquées pour enfermer ces femmes : ne pas enfanter d’un garçon, le décès ou la maladie dans l’entourage, une apparition dans un rêve.Il est compliqué de déroger à la règle.Refuser l’enfermement, c’est risquer la mutilation, la lapidation ou la mort. Près de 1 000 femmes seraient actuellement bannies de leurs villages dans le nord du Ghana selon l’organisation ActionAid. Alors que le gouvernement de ce pays tente de mettre fin à ces camps, la question de la sécurité se pose pour les femmes de retour dans leurs communautés. « Les organisations qui nous aident à déménager doivent, maintenant, demander la permission à nos anciens voisins pour nous permettre de rentrer chez nous » rappelle Adisa Inifa.