Production de vaccins contre le Covid-19 en Afrique : l'Egypte ouvre la voie avec le sérum chinois Sinovac

L'Algérie, l'Afrique du Sud et le Sénégal ont déjà annoncé des projets similaires.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Illustration conceptuelle de la vaccination dans le monde.  (DESIGN CELLS/SCIENCE PHOTO LIBRA / DCE/ AFP)

300 000 doses du vaccin chinois Sinovac contre le Covid-19 ont été produites en Egypte le 29 juin 2021, a annoncé le lendemain la ministre égyptienne de la Santé, Hala Zayed. Le sérum a été conditionné par une entreprise locale, l'Egyptian Holding Company for Biological Products and Vaccines (Vacsera), à la faveur d'un partenariat avec la firme chinoise Sinovac, le premier du genre avec un pays africain. D'après le média égyptien Ahram Online, l'Egypte a réceptionné en mai dernier une première livraison de 1 400 litres de matières premières du sérum chinois. 

(Dr Naeema Al Gasseer, représentante de l'OMS en Egypte, félicite l'Egypte et le ministère de la Santé et de la Population, sous la direction du Dr Hala Zayed, pour la production des 300 000 premières doses de vaccin Sinovac remplies et emballées (Vacsera.)

L'Egypte devient ainsi le premier pays sur le continent à concrétiser un objectif devenu une préoccupation majeure pour les Etats africains qui n'arrivent pas à se procurer les doses nécessaires pour protéger leurs citoyens de la pandémie. Alors que le nombre d'infections sur le continent double désormais "toutes les trois semaines" et que le variant Delta se propage rapidement,"seulement 15 millions de personnes, soit 1,2% de la population africaine, sont entièrement vaccinées", rappelait le 1er juillet le Dr Matshidiso Moeti, la directrice régionale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Afrique, lors de la conférence hebdomadaire de l'organisation.

Des doses disponibles pour 40 millions d'Egyptiens

Pour l'heure, l'Egypte compte produire "80 millions de doses dans les six prochains mois", selon Cairo 24 (lien en arabe). A partir d'août, précise Egypt Today, le pays devrait conditionner "10 à 15 millions de doses" par mois afin de vacciner "40 millions de personnes (sur une population de 100 millions, NDLR) d'ici la fin de l'année"

"Nous apprécions les efforts de l'Egypte pour faciliter l'accès aux vaccins à la population égyptienne", a déclaré la représentante de l'OMS dans le pays, le Dr Naeema Al Gasseer, dont les propos ont été publiés sur le compte Twitter de l'agence onusienne en Egypte le 30 juin 2021. Cette dernière a assuré que l'OMS travaillait "avec toutes les parties prenantes pour faire approuver Sinovac/Vacsera pour une utilisation d'urgence". L'Egypte envisage également de fabriquer le vaccin russe Spoutnik V et a engagé des négociations pour produire le sérum du groupe pharmaceutique anglo-suédois AstraZeneca selon les médias égyptiens. 

En avril dernier, l'Algérie avait fait savoir qu'elle produirait aussi à partir de septembre 2021 le vaccin russe. L'entreprise publique Saidal est en charge du projet. Le Maroc avait également indiqué fin 2020 qu'il comptait lancer un production nationale de sérums contre le Covid-19, notamment celui de Sinopharm. Mais le Royaume chérifien, champion africain de la vaccination, n'a encore rien dévoilé de l'état d'avancement de ses projets. 

Au sud du Sahara, le Sénégal a aussi les mêmes ambitions pharmaceutiques, mais elles ne prendront corps qu'en 2022. Les autorités sénégalaises sont parvenues, elles, à un accord avec la firme belge Univercells pour produire localement grâce à l'expertise, reconnue par l'OMS, de l'Institut Pasteur de Dakar qui est l’un des "quatre producteurs (de vaccins humains) de par le monde agréés par l’OMS" et le seul en Afrique, peut-on lire sur son site. L'entreprise wallonne va implanter une usine au Sénégal dédiée à la production de vaccins anti-Covid. 

En Afrique du Sud, le groupe pharmaceutique Aspen va assurer le remplissage et la finition du vaccin Janssen de l'Américain Johnson & Johnson. "Aspen est le seul site de fabrication sur le continent africain et dans l'hémisphère Sud sélectionné par Johnson & Johnson pour composer, remplir, finir et conditionner le vaccin Janssen", se réjouissait encore l'entreprise dans un récent communiqué"Les premières doses devraient être produites avant la fin de l'année d'après ce que nous savons. C'est déjà une très bonne nouvelle", a déclaré le Dr Richard Mihigo, coordonnateur du programme Vaccination et mise au point des vaccins au bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, lors de la conférence de presse de l'organisation.

La Nation arc-en-ciel va également accueillir "un centre de transfert de technologie pour les vaccins à ARNm (ARN messager)". L'annonce a été faite le 21 juin 2021 par l'OMS. "Le centre permettra aux fabricants des pays en développement de recevoir une formation sur la production de vaccins et les autorisations nécessaires pour le faire, dans le cadre des efforts mondiaux visant à élargir l'accès aux traitements vitaux." Le projet est porté par un consortium sud-africain formé, entre autres, par la société de biotechnologie Afrigen Biologics and Vaccines "qui servira de plaque tournante en fabriquant des vaccins à ARNm et en assurant la formation" d'un autre producteur, Biovac. 

Une expertise limitée

La mise au point et la fabrication des vaccins constituent un défi technologique qui demeure encore hors d'atteinte pour de nombreux pays sur le continent. "Il existe moins de dix fabricants africains dans le secteur de la production de vaccins et ils sont basés dans cinq pays : l’Egypte, le Maroc, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tunisie. Il y a une production en amont très limitée avec la plupart des entreprises qui ne se consacrent qu’à l’emballage et à l’étiquetage, occasionnellement au remplissage et aux étapes de finition des produits. Il est à noter qu’il existe environ 80 usines de produits stériles injectables sur le continent, ce qui peut représenter une opportunité pour la production de vaccins étant donné que le dosage posologique de base en Afrique est le flacon", confiait le professeur William Ampofo, président de l’Initiative pour la fabrication de vaccins en Afrique, dans un entretien accordé au bureau Afrique de l'OMS en mars dernier. Le modèle de production adopté aujourd'hui par la plupart des Etats candidats à la production de vaccins est celui qui convient le mieux à leur situation actuelle. L'évolution industrielle sera graduelle, selon le spécialiste. "Pour l’Afrique, en se concentrant spécifiquement sur les aspects techniques, ce qui peut fonctionner le mieux est d’établir d’abord ce qu’on appelle des capacités de remplissage/finitions, aussi appelées fabrication de produits médicamenteux."

En attendant, le Dr Matshidiso Moeti a de nouveau insisté sur le fait que "le partage des doses peut aider à combler le fossé" entre les besoins et la disponibilité des sérums sur le continent. "Nous sommes reconnaissants envers nos partenaires internationaux pour les engagements qu’ils ont pris, mais nous avons besoin d’une action urgente en ce qui concerne les allocations. L’Afrique ne doit pas subir les affres de la pire vague de Covid-19 à laquelle elle est confrontée", a-t-elle conclu. 

Les initiatives pour rendre les vaccins contre le Sars-Cov-2 accessibles sur le continent ont franchi une autre étape le 30 juin 2021 avec la première réunion de "la cellule de crise" mise en place par le Groupe de la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cette "équipe spéciale", créée par les quatre organisations, est "chargée des vaccins, traitements et outils de diagnostic relatifs (au) Covid-19 dans les pays en développement", indique un communiqué de l'OMS. Outre le partage de doses, les quatre organisations invitent les pays du G20 "à mettre fin à tous les obstacles à l’exportation des intrants et des vaccins finis, ainsi qu’aux autres entraves au fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement".

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