Egypte : l’écrivain Alaa al-Aswany poursuivi pour insultes envers le président Sissi et les forces armées

Nouveau tour de vis du président égyptien aux libertés publiques en Egypte : l’écrivain de renommée internationale poursuivi pour ses chroniques dans la Deutsche Welle Arabic et dans son dernier roman.

L\'écrivain égyptien Alaa al-Aswany photographié à Paris, le 12 février 2014
L'écrivain égyptien Alaa al-Aswany photographié à Paris, le 12 février 2014 (JOEL SAGET / AFP)

Traduit en 37 langues et lauréat de 17 prix internationaux, l’écrivain égyptien Alaa al-Aswany, né en 1957 dans la vallée du Nil, est poursuivi en justice par le parquet général militaire de son pays.

Un succès mondial avec "L'immeuble Yacoubian"

Selon le communiqué d’Actes Sud, sa maison d’édition en France, cité par Livres Hebdo, il est accusé d’"insultes envers le président, les forces armées et les institutions judiciaires". Dans un entretien publié le 17 mars 2019 sur le site Les nouveaux dissidents, l’auteur de L’immeuble Yacoubian, son premier roman devenu film et succès mondial, a confirmé l’information.

"Outre mes articles dans un journal allemand, c’est aussi mon dernier roman La République comme si (publié en français sous le titre J’ai couru vers le Nil) qui est inclus dans cette procédure judiciaire, parce qu’il dénonce les exactions du régime et de l’armée commises pendant la révolution de 2011", a-t-il expliqué.

Affirmant qu’en Egypte la justice militaire n’est pas indépendante et qu’un officier supérieur de l’armée peut faire ce qu’il veut d’un jugement rendu par un tribunal militaire, il dénonce des poursuites contraires à la constitution et à toutes les conventions internationales.

Interdit d’écrire et de publier en Egypte depuis l’arrivée d’al-Sissi au pouvoir, il est aujourd’hui exilé aux Etats-Unis d’où il continue à s’exprimer dans les médias internationaux, notamment sur le site de la radio allemande Deutsche Welle arabic (DW) et sur les réseaux sociaux, où son compte Twitter est suivi par plus de trois millions d’abonnés.

Décoré en 2016 de la prestigieuse médaille française de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres, il constate que plus sa notoriété grandissait, plus la guerre se faisait féroce contre lui dans son pays.

Alaa al-Aswany craint pour ses proches en Egypte

"La sécurité a commencé à me retenir à l'aéroport, me harcelant chaque fois que je voyageais et finalement le harcèlement s'est étendu à ma famille. Ma fille Nada a été blessée dans un accident de la route par une personne conduisant une motocyclette sans permis, mais le rapport de police a disparu et un autre dossier dont elle était accusée a été enregistré", raconte-t-il dans sa chronique du 19 mars à la DW.

Aujourd’hui, outre une procédure judiciaire qui autorise la saisie des biens et le blocage des comptes en banque, il craint plus que jamais pour sa famille et ses proches en Egypte. "On peut imaginer des scénarios effrayants, qu’ils soient enlevés, qu’ils disparaissent. C’est arrivé à des amis, des amis révolutionnaires dont les proches ont été kidnappés ou qui ont disparu du jour au lendemain", précise-t-il.

Des craintes qui ne semblent pas suffire à le bâillonner. "Ce que les autorités égyptiennes ne comprennent pas, c’est que je n’ai et n’aurai pas peur et je ne me tairai pas", écrit-il dans sa dernière chronique en date. "Si mon crime est d'exprimer ouvertement mes pensées, j’en suis fier, ajoute-t-il à l’adresse du procureur militaire. Ce que vous considérez comme un crime est considéré comme un devoir de l'écrivain et de son honneur, et je continuerai à le commettre jusqu'à la fin de sa vie.»