Caricatures : al-Azhar, haut lieu de l’islam sunnite basé au Caire, ne comprend pas "les insultes" au nom de la liberté d’expression

Lors d'une rencontre avec le chef de la diplomatie française, le dirigeant de l'institution islamique a rejeté toute "offense" à la religion.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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La rencontre entre le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian et le grand imam d'Al-Azhar, le 8 novembre 2020 au Caire, en Egypte. (HANDOUT / AL-AZHAR MEDIA CENTRE)

Depuis plusieurs semaines, l’institution islamique al-Azhar multiplie les critiques à l’égard de la France, accusée d’incitation à la haine. En cause notamment, les caricatures du prophète Mahomet. Pour apaiser le climat après cette controverse, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est rendu le 8 novembre 2020 en Egypte, où il a rencontré, entre autres, le grand imam d'al-Azhar, cheikh Ahmed al-Tayeb au Caire. Quelle est cette institution et pourquoi les relations sont-elles si tendues avec la France ? Voici quelques clés pour essayer de le comprendre.

Qu'est-ce que l'institution al-Azhar ?

Al-Azhar est la principale institution de l’islam sunnite (branche qui représente plus de 85% des musulmans dans le monde). Il ne s’agit pas d’un "clergé" avec une hiérarchie bien définie comme le Vatican pour les catholiques. Chez les sunnites, personne n’est autorisé à parler au nom de l’islam dans son ensemble.

Cette institution millénaire basée au Caire est "une référence", un haut lieu (centre théologique) qui regroupe notamment une mosquée, une université et l’Académie d’études islamiques. Le tout est chapeauté par un grand imam (guide religieux) que l’on nomme "cheikh al-Azhar".

Qui dirige cette institution ?

Ahmed al-Tayeb, 74 ans, est à la tête de l’établissement prestigieux depuis 2010. Ce théologien issu du soufisme (courant mystique de l’islam considéré comme une hérésie par les islamistes) a été désigné par l’ancien président égyptien Hosni Moubarak. Cheikh al-Azhar se veut un homme d’ouverture et de dialogue.

En 2019, il a signé une déclaration commune avec le Pape prônant la liberté (de croyance et d'expression) et dénonçant l’instrumentalisation de la religion par les terroristes. "Dieu, le Tout-Puissant, n'a besoin d'être défendu par personne et ne veut pas que son nom soit utilisé pour terroriser les gens", souligne le texte. Mais les détracteurs du grand imam lui reprochent de ne pas faire assez pour lutter contre l'islam politique et de ne pas renouveler le discours religieux. Ses partisans voient en lui, un repère et un rempart contre le fanatisme et l’extrémisme.

Pourquoi les relations sont tendues avec la France ?

Pour autant, cheikh al-Azhar refuse en bloc le principe de la liberté d’expression lorsqu’il s’agit de religion. Il l’a redit après son entretien avec le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, venu expliquer le contexte français concernant les caricatures et la position de la France qui "porte un profond respect pour l’islam". Rien à faire, le grand imam voit dans les illustrations satiriques, "une insulte au prophète" et souhaite même porter l’affaire devant des tribunaux internationaux. En France, la loi est claire et permet de critiquer, voire d’insulter une religion, mais pas ses adeptes.

Mais la colère d’al-Azhar ne se limite pas aux caricatures. L'institution islamique sunnite n’a pas apprécié le discours, en octobre dernier, du président français Emmanuel Macron sur le "séparatisme islamiste" et a dénoncé de "fausses accusations envers l''islam". Al-Azhar a même parlé de "propos raciste".

Si l’institution islamique condamne elle aussi ouvertement le fanatisme et l’idéologie extrémiste, elle refuse néanmoins qu’un pouvoir politique définisse les règles ou donne un avis sur les questions liées à la religion. "Nous sommes prêts à coopérer pour combattre l'idéologie exrémiste", a notamment fait savoir le cheikh al-Azhar dans un communiqué publié après sa rencontre avec le chef de la diplomatie française. 

Dans le même temps, la définition d'al-Azhar sur l'attitude de l'islam vis-à-vis de la laïcité reste très floue et très difficile à compendre. 

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