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Le dessalement de l'eau de mer répond aux besoins croissants des villes côtières africaines

Les stations de dessalement de l’eau de mer n'ont pas vocation à devenir la principale source d’approvisionnement en eau potable, mais elles font de plus en plus partie de la solution.

Article rédigé par franceinfo Afrique
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Un ingénieur de la ville du Cap supervise la construction d'une station de dessalinisation à Strandfonteinm, dans les faubourgs de la ville sud-africaine, le 19 février 2018. (KRISTIN PALITZA / DPA)

La pression sur les ressources en eau s'accentue dans les villes africaines. Les pays vulnérables au réchauffement climatique et à la raréfaction de l'eau optent massivement pour le dessalement de l'eau de mer à la faveur de coûts en baisse.

Maroc et Algérie pionniers du dessalement

L’Afrique du Nord a été pionnière dans le dessalement de l'eau de mer pour répondre à la rareté de la ressource en eau de surface. Le Maroc, dès les années 1980, a construit plusieurs stations dans les provinces sahariennes avant de s’étendre dans une dizaine de villes côtières.

Dans ce pays à vocation touristique, de nombreux projets sont en cours, dont la construction de la plus grande station à Casablanca. Le plan national de l'eau du royaume prévoit d’atteindre un milliard de mètres cubes d’eau dessalée d’ici à 2050. Même si la meilleure solution est encore d’économiser l'eau. Le royaume met l’accent sur la réutilisation des eaux usées, notamment pour l’arrosage des espaces verts et des terrains de golf.

"La station de dessalement de Casablanca, d’une capacité de production de 300 millions de mètres cubes par an, opérationnelle en 2027, sera la plus grande d'Afrique"

Abdelkader Amara, ministre marocain de l'Equipement

à l'Economiste

Autre pays pionnier, l’Algérie a opté pour le dessalement de l’eau de mer dès les premières crises de l’eau, avec aujourd’hui un pourcentage de 17% de l’eau potable distribuée dans le pays. L'Algérie compte actuellement onze grandes stations de dessalement d’eau de mer, qui produisent plus de 561 millions de mètres cubes par an. Un nombre qui devrait encore doubler d’ici à 2030, afin de réserver l’utilisation des eaux de barrages à l’agriculture et à l’industrie.

Tunisie et Egypte leur emboîtent le pas

La Tunisie n’est pas en reste avec une centaine d’unités de dessalement déjà en service. Une technologie qui s’impose dans ce pays, dépendant du tourisme et de l'agriculture, alors que toutes les nappes souterraines sont surexploitées. Des projets ambitieux sont en cours de réalisation, dont les stations de Sousse, Gabès et Sfax pour une capacité de 400 000 m³/j. 

L’Egypte, pays le plus peuplé de la région, rattrape son retard. Les autorités égyptiennes ont annoncé en juillet 2020 la construction de 47 usines de dessalement afin de faire face à une baisse des eaux du Nil qui pourrait suivre la mise en eau du grand barrage de la Renaissance éthiopien. Le Nil est toujours la seule source d’eau douce du pays. Le gouvernement s’est fixé un objectif de 2,44 millions de mètres cubes d’eau par jour à l’horizon 2025.

Les autres pays africains ont pris plus tardivement le tournant du dessalement, même si la sévère sécheresse qu’a connue l’Afrique australe ces dernières années a ancré dans les esprits que les rivières et les nappes phréatiques ne suffisaient pas à répondre aux besoins de la population et de l’industrie. Ailleurs, le Ghana a été le premier pays d'Afrique de l'Ouest à inaugurer une usine de 60 000 m³/jour à Accra et des projets sont en cours au Sénégal, au Cap-Vert, au Nigeria (Lagos) et aussi à Djibouti, au Kenya, en Tanzanie ou encore en Namibie et en Afrique du Sud.

Des coûts en baisse

Tandis que la soif des capitales grandit, les technologies évoluent et les coûts du dessalement ont fortement baissé depuis les années 2000, grâce à l'essor de la technologie d’osmose inverse – l’eau est filtrée à travers de très fines membranes qui retiennent le sel , beaucoup moins consommatrice en énergie que la technologie thermique historique  qui consiste à séparer le sel et l'eau par distillation. Le prix des membranes a été divisé par dix en vingt ans et le secteur de l'eau potable étant une priorité, le secteur attire les financements des bailleurs de fonds.

La part de l’énergie représente 40% du coût du dessalement. C’est pourquoi la production d’eau potable est liée à l’électrification de ces pays et de préférence au développement des énergies renouvelables. 

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