L'Italie mise sur l'Afrique pour sortir de sa dépendance au gaz russe

Rome a signé, ces derniers jours, des accords gaziers avec l’Algérie, l’Egypte, l’Angola et le Congo. Le Mozambique pourrait suivre.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Claudio Descalzi, le PDG du groupe pétrolier italien Eni (assis à gauche), et Toufik Hakkar, le directeur de la compagnie pétrolière algérienne Sonatrach, signent un accord de fourniture de gaz le 11 avril 2022, à Alger (Algérie). La signature s'est faite en présence du président algérien Abdelmadjid Tebboune et du Premier ministre italien Mario Draghi.  (PRESIDENCY OF ALGERIA/HANDOUT / ANADOLU AGENCY)

L'Italie s'est lancée dans une offensive diplomatique en Afrique pour sortir de sa dépendance au gaz russe. Alors que Moscou fournit à la péninsule 45% de son gaz, le Premier ministre italien Mario Draghi entend multiplier au plus vite ses fournisseurs. 

Accords avec le Congo et l'Angola

"L'agression russe aux dépens de l'Ukraine (...) a rendu plus urgente que jamais la nécessité de diversifier les sources d'approvisionnement italiennes", a déclaré à Brazzaville, au Congo, le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio. L'Italie a conclu le 21 avril 2022 un accord d'approvisionnement en gaz avec ce pays. Aucune précision n'a été donnée sur les quantités à produire et à exporter vers l'Italie.

"Aujourd'hui nous avons signé un accord crucial avec la République du Congo pour augmenter la fourniture de gaz à notre pays. Un autre résultat, après l'accord conclu en Algérie et celui d'hier en Angola"

Luigi Di Maio, ministre italien des Affaires étrangères

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Le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, et celui de la Transition écologique, Roberto Cingolani, étaient le 20 avril 2022 à Luanda, la capitale angolaise, où ils ont signé un lettre d’intention pour la production et l’acheminement de gaz. "Nous avons conclu un accord important avec l'Angola pour accroître nos fournitures de gaz (...). L'engagement de l'Italie pour diversifier ses sources en sort conforté", a déclaré Luigi Di Maio au terme de cette visite à Luanda.


"La diversification est possible et peut être mise en œuvre relativement rapidement, plus vite que nous le pensions", a-t-il estimé. Dans un horizon d'un à deux ans précisent les experts. Roberto Cingolani a, pour sa part, loué un accord qui "booste la coopération (...) dans les secteurs du renouvelable, du biofioul, du GNL (Gaz naturel liquéfié) et dans la formation technologique et environnementale".

Le géant italien Eni, un atout pour Rome

Le patron du géant pétrolier et gazier Eni,Claudio Descalzi, accompagnait les deux ministres dans leur déplacement. Rome pousse à l'ocasion son champion industriel et utilise "les excellentes relations qu’Eni a nouées au cours de 69 ans de présence en Afrique, où il est le leader tant au niveau de la production que des réserves", souligne auprès de l'AFP Davide Tabarelli, patron du groupe de réflexion Nomisma Energia.

Une visite de la délégation italienne au Mozambique est également programmée en mai 2022. Eni a commencé à produire du gaz dans un gisement offshore, au large de la province du Cabo Delgado, dans le nord du pays.

Une fourniture rapide auprès de l'Algérie et de l'Egypte 

Ces dernières semaines, l'Italie a conclu d'autres accords avec l'Algérie et l'Egypte. Alger, qui est actuellement son deuxième fournisseur, contribue déjà pour environ 30% de sa consommation. Selon Eni, l'accord signé avec la compagnie nationale algérienne, Sonatrach, fera grimper les livraisons de gaz à travers le gazoduc sous-marin Transmed "jusqu'à 9 milliards de m³ supplémentaires par an" d'ici 2023-2024.

L'accord avec l'Egypte pourrait permettre, lui, de convoyer en Europe et en Italie jusqu'à trois milliards de m³ de gaz naturel liquéfié dès cette année, d'après le groupe pétrolier italien. Cette diversification a néanmoins un coût important, car pour pouvoir importer davantage de GNL, l'Italie envisage d'acheter ou de louer des unités flottantes de stockage.

Cependant, l'Italie est obligée d'un point de vue éthique de cesser "bientôt" d'acheter du gaz russe, dont les revenus servent à financer la guerre en Ukraine, a estimé Roberto Cingolani dans un entretien publié par le quotidien italien La Stampa. L'objectif du gouvernement italien est de réduire significativement les importations de gaz russe dès l'hiver prochain, et de s'en passer définitivement d'ici deux ans. Un pari encore incertain.

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