Coronavirus : le Nigeria veut emprunter 7 milliards de dollars pour faire face à la crise

Partout dans le monde, les conséquences de la crise du coronavirus ne sont pas seulement sanitaires, elles sont aussi économiques et engendrent de grandes craintes de récession. Le Nigeria ne fait pas exception. 

La route du tunnel de Maryland à Lagos, capitale économique du Nigeria, déserte depuis le début du confinement mis en place le 31 mars 2020.
La route du tunnel de Maryland à Lagos, capitale économique du Nigeria, déserte depuis le début du confinement mis en place le 31 mars 2020. (ADEKUNLE AJAYI / NURPHOTO)

Première puissance économique africaine, le Nigeria tente de limiter la casse. Le pays espère donc emprunter 6,9 milliards de dollars (6,4 milliards d'euros) à des institutions internationales, dont le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, afin de compenser les conséquences désastreuses de la pandémie de coronavirus sur ses finances.

Le plus gros producteur de pétrole en Afrique subsaharienne, qui est aussi le plus peuplé du continent (200 millions d'habitants), souffre particulièrement de la chute des prix du baril, à moins de 20 dollars dernièrement. Pour cette raison, l'Etat a dû réduire drastiquement son budget pour 2020, sachant que le pétrole contribue habituellement à 70% de ses recettes. Dans ce contexte, le FMI a baissé ses prévisions de croissance pour le géant africain.

Aujourd'hui, le pouvoir nigérian tente de jongler avec les instruments de crédit mis à disposition par les structures mondiales. "Nous contribuons à hauteur de 3,4 milliards de dollars au FMI et nous avons le droit de retirer la totalité de ce montant", a déclaré la ministre nigériane des Finances Zainab Ahmed à la presse. "Nous avons dans un premier temps demandé ce montant maximum, mais c'est un processus, nous négocierons." Dans l'esprit de la ministre, ce financement entrerait dans le cadre de la Facilité de crédit rapide (FCR) mise en place par le FMI pour fournir une aide financière concessionnelle sans tarder aux pays à faible revenu qui voudraient en bénéficier, et ne serait "lié à aucune conditionnalité".

Le FMI promet d'examiner la demande nigériane "dans les plus brefs délais"

Le Nigeria a également déclaré avoir demandé des financements de 2,5 milliards de dollars (2,2 milliards d'euros) à la Banque mondiale et d'un milliard de dollars (900 millions d'euros) à la Banque africaine de Développement (BAD), présidée depuis mai 2015 par un compatriote, Akinwumi Adesina, ancien ministre de l'Agriculture et du Développement rural, dont le mandat arrive à échéance en 2020.

"Nous travaillons dur pour répondre à la demande nigériane afin qu'une proposition puisse être examinée par le Conseil d'administration dans les plus brefs délais" a fait savoir le FMI, dès le lendemain, le 7 avril 2020, par la voix de sa directrice générale Kristalina Georgieva. Cette dernière a déclaré prendre en compte le fait que le gouvernement nigérian travaillait d'ores et déjà à un plan de relance économique qui aidera à soulager les ménages et les entreprises touchés, et prenait un certain nombre de mesures visant à contenir la propagation du nouveau coronavirus apparu en Chine à l'automne 2019.

Le Nigeria a officiellement enregistré à la date du 7 avril, 232 cas et 5 décès dus au Covid-19. Les autorités ont placé en confinement la mégapole économique de Lagos et la capitale fédérale Abuja depuis le 31 mars. Le pays est considéré comme particulièrement fragile face à la pandémie en raison de ses infrastructures de santé défaillantes et de sa forte densité de population. A cet égard, le gouvernement prévoit la création d'un "fonds d'intervention de crise" de 500 milliards de nairas (1,2 milliard d'euros) pour renforcer le système de santé du pays.