COP27 : les ministres africains de l'Environnement réclament un fonds pour couvrir les dégâts du changement climatique

Les pays africains entendent pouvoir faire face "aux pertes et dommages" climatiques mais veulent continuer à exploiter leurs hydrocarbures.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le sénateur John Kerry, envoyé spécial des Etats-Unis pour le climat, assiste à Dakar (Sénégal) à la réunion des ministres africains de l'Environnement  vue de la COP27 le 15 septembre 2022. (SEYLLOU / AFP)

Les pays les plus pauvres veulent que l'indemnisation des dégâts causés par le réchauffement climatique figure en haut de l’agenda de la prochaine Conférence des Nations unies sur le climat (COP27) qui doit débuter le 7 novembre 2022 en Egypte.


Quelques jours après les inondations catastrophiques au Pakistan, les experts du Groupe des Pays les moins avancés (PMA), environ 45 pays principalement africains et asiatiques, se sont réunis cette semaine à Dakar, au Sénégal, pour adopter une position commune en vue de la COP27.

Indemniser les pertes et dommages

Différents intervenants ont insisté sur la part minime prise par leurs pays aux émissions globales de gaz à effet de serre et sur le tribut disproportionné qu'ils paient. "Les évènements tels que les inondations, l'érosion côtière, les pluies hors saison... quand ces évènements surviennent de manière imprévisible avec des intensités parfois extrêmement élevées, les pays sont laissés à eux-mêmes", a déclaré le ministre sénégalais de l'Environnement Abdou Karim Sall. 

"Il est devenu impératif qu'un fonds soit mis en place qui prend en charge les pertes et dommages, notamment dans les pays les moins avancés."

Abdou Karim Sall, ministre sénégalais de l'Environnement

AFP

L'envoyé spécial américain pour le climat John Kerry l’a rappelé à Dakar : les pays africains ne produisent que très peu de gaz à effet de serre mais ils paient très cher les impacts de la crise climatique. "20 pays représentent 80% des émissions. Et 48 pays d’Afrique subsaharienne représentent 0,55% de ces émissions", a-t-il rappelé, avant de reconnaître que "les pays développés doivent faire plus". "Mais nous avons aussi besoin de vous autour de la table", a-t-il ajouté. 

Le droit d'exploiter son pétrole et son gaz

En revanche, plusieurs pays africains ont affirmé ne pas vouloir renoncer à l’exploitation de leurs ressources en pétrole et gaz. Le ministre sénégalais de l'Environnement et son homologue congolaise Eve Bazaiba Masudi refusent que les pays industrialisés leur demandent de renoncer à l'exploitation de leurs hydrocarbures au nom de la lutte contre le réchauffement.


Le Sénégal prévoit de commencer à exploiter ses réserves de gaz et de pétrole dans l'Atlantique en 2023. La République démocratique du Congo (RDC) a lancé fin juillet des appels d'offres pour l'exploitation de 27 blocs pétroliers et trois gaziers, suscitant l'émoi des défenseurs de l'environnement, inquiets de l'impact sur la biodiversité et le climat. 

La ministre Eve Bazaiba Masudi a jugé de son coté "inconcevable" que l'Occident, qui "a construit son industrie grâce à l'énergie fossile", demande à la RDC d'y renoncer alors qu'il continue de représenter l'écrasante majorité des émissions. "Nous devons aussi lutter contre la pauvreté, il faut lier la question de la protection de l'environnement à l'économie pour arriver au développement durable", a-t-elle dit. "Nous n'acceptons pas qu'ils viennent nous dire de renoncer au levier que nous avons", a abondé le ministre sénégalais.


Une vingtaine d'Etats, dont les Etats-Unis et la France, s'étaient engagés lors de la COP26 à mettre un terme d'ici fin 2022 au financement à l'étranger de projets d'énergies fossiles sans techniques de capture du carbone. John Kerry a rappelé à Dakar "la nécessité que l'Afrique soit partie prenante à la décision et à l'action, et qu'elle participe à l'adaptation aux réalités climatiques." Le sénateur américain a détaillé l'action de son pays en faveur de l'Afrique et contre le réchauffement, comme l'octroi en 2021 de 8,2 milliards de dollars en aide humanitaire et le soutien à l'adaptation au changement climatique.

La déclaration finale de la rencontre presse les pays riches à honorer les engagements financiers pris par le passé. Une enveloppe de 100 milliards de dollars par an avait été promise aux pays pauvres lors de l’accord de Paris.  

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