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Daniel Larribe, ex-otage du Niger : «On revenait de la Lune»

Le 4 novembre 2013, quelques heures avant son passage au 20 heures de France 2, Daniel Larribe, accompagné de son épouse Françoise, a évoqué avec l’équipe du journal quelques anecdotes, quelques révélations aussi, sur «cette parenthèse» de trois années de captivité. Il a été libéré le 30 octobre 20013, avec trois autres Français, Pierre Legrand, Thierry Dol et Marc Ferret. Entretien.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Daniel Larribe et son épouse Françoise aux côtés du président français, François Hollande, à l'aéroport militaire de Villacoublay, le 30 octobre 2013. (AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT)

Comment s’est déroulée votre détention ?
Nous changions de campement assez souvent, tous les deux mois environ. Les trajets étaient assez longs, de nuit, mais je me suis rendu compte au bout d’un moment qu’en fait, pendant ces trois années, nous sommes restés la plupart du temps dans une zone de 100 km². Dans le massif de l’Adrar. Sauf à la fin de notre détention où nous sommes partis beaucoup plus au nord-ouest, sans doute vers la frontière avec l’Algérie.

Si vous comptez les jours l’un après l’autre, au bout de 500-550, vous ne vous rappelez plus exactement. En fait, dès le départ, nous avons compté grâce aux numéros de départements, en nous souvenant chaque jour du nom de la préfecture. Le 46e jour, c’est le Lot, donc c’est Cahors. Et le lendemain matin, vous vous souvenez que la veille c’était Cahors.

Pour tenir, nous programmions l’emploi du temps de chaque journée. Le plus précisément possible. L’heure du thé, l’heure de l’observation botanique ou géologique. J’ai même parfait mes connaissances en anglais grâce au manuel de bord du Toyota de nos ravisseurs.

Vous receviez des informations sur le monde extérieur ?
Non aucune. Sauf lorsque nous croisions d’autres otages, et notamment Marc Ferret et Pierre Legrand qui étaient détenus par un autre groupe. Eux écoutaient RFI de temps en temps. Je n’ai appris l’élection de François Hollande que neuf mois plus tard.
Françoise (son épouse, enlevée en même temps que lui, puis libérée en février 2011, NDLR) a essayé de me faire passer des livres, des lunettes, des médicaments. Mais nous n’avons rien reçu.

Quelles relations aviez-vous avec vos ravisseurs ?
Le groupe qui nous gardait changeait assez souvent. Des combattants parfois jeunes, très jeunes. 15-16 ans. Nos échanges passaient par l’intermédiaire d’un traducteur, un Tunisien. Nous restions à l’écart. Nous gardions nos distances avec nos geôliers. Quelques échanges sur la France, mais pas de discussions politiques. Ni une relation de dominants à dominés. On mangeait comme eux. On vivait comme eux. On s’habillait comme eux. On portait la barbe sauf pour enregistrer les vidéos, là ils nous demandaient de nous raser. C’était un peu chacun chez soi.

Avez-vous craint pour votre vie ?
Non, jamais.

Comment avez vécu-vous l’opération Serval ?
Au début, j’ai crû que les avions qui survolaient la région étaient algériens. Et puis nos ravisseurs parlaient de Rafale, Rafale. Les premiers bombardements ont été très violents. A tout juste 1,5 km de là ou nous étions. Paradoxalement, c’est à ce moment-là que notre vie a été le plus en danger… C’était la panique dans le groupe. C’est à cette période qu’Abou Zeid (le chef de la katiba qui avait kidnappé les employés d’Areva à Arlit, NDLR) a été tué.

Y a-t-il eu des signes avant-coureurs de votre libération ?
Thierry (Dol) et moi avons senti plusieurs semaines avant notre libération que quelque chose était en train de changer. Quarante jours avant à peu près. On a commencé à nous dire que les choses avançaient. Quatre jours avant la libération, on a compris que cette fois, c’était bon.

Quel est le premier français que vous avez-vu ce jour là ?
L’homme qui m’a fouillé avant de monter dans l’hélicoptère. J’ai crû qu’il allait me demander mon passeport (sourire malicieux). Puis, très vite, à l’arrivée à Niamey, les ministres Fabius et Le Drian.

De retour à Villacoublay, nous sommes restés silencieux parce que nous n’avions rien à dire. On revenait de la Lune, on retrouvait nos familles, et il aurait fallu parler devant deux cents cameras.
Moi, je n’ai pas l’habitude de parler devant les caméras. Bon, sauf pour enregistrer des preuves de vie…

Daniel Larribe nous raconte alors ce qu’il appelle lui-même «une blague foireuse», une histoire drôle. Et celle-là est très drôle.
Je ne savais pas bien quoi dire au président, alors il s’approche de moi...
Le président : «Votre épouse Françoise est formidable, très courageuse. Protestante, cévenole
Moi : oui un peu comme Lionel Jospin.
Le président : «Oui ça je connais.»
Puis on s’approche des personnalités qui nous attendaient à l’abri des caméras. Là, le Président me prend par le bras :
«Je vous présente ma compagne, Valérie Trierweiler.»
Me voyant un peu interloqué, le Président me regarde dans un grand sourire et me dit : 
«Oui je comprends, vous avez raté quelques épisodes.»

Eclat de rire général. Daniel Larribe qui a perdu dix kilos pendant sa détention nous dit qu’il va bien. Son seul problème de santé ce sont les ampoules aux pieds depuis qu’il remet des chaussures. Nous sommes bluffés par la force de caractère et l’humour de cet ingénieur minier, passionné d’Afrique,  qui vient de passer trois longues années en détention. Et qui ne se rasera définitivement la barbe qu’une fois tous les otages français retenus au Sahel libérés. 

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