Africa2020 en France : "Casser les fantasmes" pour changer les regards sur le continent

De la mi-décembre 2020 à juillet 2021, des Africains feront découvrir leur continent sur l'ensemble du territoire français. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Reportée à cause du Covid-19, la saison Africa2020 se tiendra en France de décembre à juillet 2021.   (SAISON AFRICA 2020)

La saison Africa2020, qui démarre finalement en décembre à cause de la pandémie liée au Covid-19, s'apparente à un projet didactique hors normes à destination du public français. Cet événement souhaité par le président Emmanuel Macron est "né d'une volonté" de "changer les regards" que ses compatriotes portent sur l'Afrique. Consacrer un peu plus d'un semestre à 54 pays, un "défi" qu'a accepté de relever N'Goné Fall, la commissaire générale de la saison Africa2020. 

"Une sensibilité africaine"

"C’est pour cela que ça m’intéressait", confiait-elle à franceinfo Afrique en février 2020. Son leitmotiv pour penser cette saison dont la chanteuse béninoise Angélique Kidjo est la marraine : "Dire comment en tant qu’Africains nous voyons le présent et l’avenir. D’où ce sous-titre à Africa2020 : 'Une invitation à regarder et à comprendre le monde d’un point de vue africain.' Cette saison est structurée autour de cinq grands thèmes (oralité augmentée, économie et fabulation, archivages d'histoires imaginaires, fictions et mouvements (non) autorisés et systèmes de désobéissance) qui ont des titres volontairement politiques et qui sont ceux que nous considérons comme les défis du XXIe siècle (...). Les sujets qui nous intéressent, ce sont ces cinq thèmes-là."

Des thématiques qui sont le résultat d'une réflexion menée sur cinq jours en juin 2018 à Saint-Louis, au Sénégal, la patrie de N'Goné Fall. Autour d'elle, la commissaire générale a réuni "quatre cerveaux extraordinaires". A savoir, Sarah Rifky, "une Egyptienne qui est une spécialiste en communication de masse et en sciences sociales", Folakunle Oshun, "un jeune artiste commissaire d’exposition de Lagos (la capitale du Nigeria, NDLR)", la Sud-Africaine Nontobeko Ntombela, "une spécialiste des questions du genre et du féminisme qui enseigne à l’université Witwatersrand en Afrique du Sud" et Ntone Edjabe, celui qu'elle "considère comme l’un des plus grands cerveaux de sa génération, un penseur camerounais qui vit en Afrique du Sud et qui est le fondateur du grand magazine Chimurenga". Ensemble, ils ont voulu entre autres que "cette saison soit une caisse de résonance des agents du changement". 

A cinq, ils ont tenté de répondre à la question suivante : "A l’échelle de ce continent, quelles sont les questions, les idées, les problématiques qui débouchent sur de la production intellectuelle et artistique et qui font l’objet de recherches ?", explique N'Goné Fall. "Nous avons fait une cartographie de ce que l’on produit et qui constitue un socle commun parce que cette saison est panafricaine, pluridisciplinaire et axée sur le contemporain."  

La saison Africa2020 atteste ainsi, par exemple, que le monde "a rejoint les Africains dans (leur) oralité", note N'Goné Fall. "A chaque fois qu’on parle de l’Afrique, on évoque des cultures de tradition orale. Ce qui énerve d'ailleurs les Ethiopiens qui ont eu une écriture, un alphabet avant les Européens. Nous nous sommes aperçus qu’aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, les téléphones, la radio et la télé, que l’on passait beaucoup de temps en mode oral, mais sans s’en rendre compte." Au final"cette culture de l’oral, tout le monde l’a aujourd’hui". 

"Diffusion des connaissances" 

"Nous n'organisons pas une saison culturelle. Nous allons montrer ce qui est intéressant aujourd’hui en Afrique et ce n’est pas que la culture", insiste N'Goné Fall. "Centrée sur l’innovation dans les arts, les sciences, la technologie, l’économie et l’entrepreneuriat", la saison Africa2020 s'articule autour de quelque 450 projets déclinés dans plus de 80 villes françaises. "Chaque projet est obligatoirement une collaboration entre une structure, ou une ou des personnalités du continent en partenariat avec une structure en France pour éviter une vision française de l’Afrique", précisait en février N'Goné Fall. "Cette sensibilité africaine par rapport à un vécu" est essentielle, notamment pour "casser tous ces fantasmes" associés au continent. "Il faut juste que les gens arrêtent de parler à notre place", insiste la commissaire générale d'Africa 2020. "Pendant six mois et demi, on leur demande d’avoir l’humilité de (nous) écouter". 

Pour les organisateurs de la saison, il ne sera pas question d'angélisme mais simplement de rendre compte de la réalité du continent. "Ce n’est pas une saison 'bisounours', mais nous ne sommes pas non plus des afro-pessimistes", résumait en février N'Goné Fall. Début novembre, lors de la conférence de presse d'Africa2020, elle a indiqué que la saison était "construite autour de trois piliers". A  savoir 15 quartiers généraux (QG), des lieux de rencontre et d'échanges comparables à des "permanences, des centres culturels panafricains temporaires", un "Focus femmes" alimenté par plus d'une vingtaine de projets et "un volet éducation" développé en partenariat avec le ministère français de l'Education nationale, soit 274 projets spécifiques.

"C’était important d’avoir cet aspect diffusion des connaissances et donc d’avoir l’Education nationale à nos côtés, expliquait à franceinfo Afrique N'Goné Fall. Si on veut changer les clichés, il faut commencer avec les tout-petits d’où ces partenariats entre professeurs, écoles et classes qui vont continuer après la saison. C’est l’héritage de la saison. Tous ces outils pédagogiques qui seront créés vont servir, par la suite, à raconter des choses plus réalistes sur l’histoire de l’Afrique". De façon symbolique, a annoncé N'Goné Fall début novembre, les outils pédagogiques voulus par l'Union africaine et qui s'appuient sur L'Histoire générale de l'Afrique produite par l'Unesco seront offerts, "au nom de l'Afrique", à la France dans le cadre de la saison.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.