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Simone Gbagbo, l'ex-Dame de fer d'Abidjan

Le procès de l'ex-première dame Simone Gbagbo, jugée à Abidjan pour crimes contre l'humanité pendant la crise post-électorale de 2010-2011, reprend le 10 octobre 2016 après deux mois d'interruption. Portrait d’une femme à poigne.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Simone Gbagbo, l'ancienne première dame de Côte-d'Ivoire, au tribunal d'Abidjan pour l'ouverture de son procès, le 26 décembre 2014. (AFP PHOTO / SIA KAMBOU)

Celle que ses partisans ont pu appeler «Maman», ne s’est jamais contentée d’être dans l’ombre de son époux, arrivé au pouvoir en octobre 2000. Pour preuve, celle qui était déjà députée d’Abidjan en 1996 est devenue présidente du groupe parlementaire du parti qu’elle avait fondé dans la clandestinité en 1982 avec Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI).

Lors d’un entretien en 2001 à L’Express, la Dame de fer d'Abidjan disait d’elle qu’elle avait «la trempe d’un ministre», expliquant qu’elle devait sa «position actuelle», non pas «au poste de (son) mari», mais à sa «trajectoire».

A la différence cependant de Laurent Gbagbo, plutôt dépeint comme un efficace tacticien, cette linguiste de formation est une pasionaria guidée par une foi évangélique inébranlable. Croyance religieuse renforcée par l’accident de voiture de mars 1996 dont le couple Gbagbo sort miraculeusement en vie.
 

Une guerrière en croisade
En 2001, elle estime que le concept de l’ivoirité ne la dérange pas. Voire même que tout individu ayant forcément une origine, la «revendiquer n’est pas pécher». Pour un ancien proche du couple, Mme Gbagbo «voit la Côte d’Ivoire comme un champ de bataille entre l’islam et la chrétienté». Ses ennemis déclarés sont les Dioulas, ethnie musulmane du nord, à laquelle appartient l’actuel président ivoirien, Alassane Ouattara. Mais aussi ceux qu’elles appellent les «néo-colons», parmi lesquels les Français.
 
A l’époque de la clandestinité – où elle dénonçait les pratiques de l'ancien président Félix Houphouët-Boigny – avec les militants du FPI, elle n’excluait pas la lutte armée, «prête à tout», selon les propos d’un ancien compagnon de combat.
 
Cette fille de gendarme ivoirien, née en 1949 dans la tribu des Abourés à Moossou, tout près d’Abidjan, a grandi au milieu d’une fratrie de seize sœurs et un frère. Simone a toujours été mue par une grande force de conviction, n’hésitant pas à haranguer les foules ou les troupes. Plus tard, elle saura verrouiller l’appareil d’Etat, provoquant l’agacement chez certains ministres, tout autant que la crainte. Tous se méfient d’une possible disgrâce, Simone est rancunière envers ceux qu’elle taxe de déloyauté.
 
Egérie des Jeunes Patriotes
Son nom reste lié à la milice armée du mouvement nationaliste des Jeunes Patriotes qui a commis des exactions lors des manifestations en 2003 et s’en est pris aux intérêts français en Côte d’Ivoire en 2004. Si elle a toujours nié avoir donné des ordres à ces miliciens, elle avouait sur France 24 en 2007 être «très fière de ce qu’ils ont fait».
 
Par ailleurs, ses ennemis lui imputent des liens avec les escadrons de la mort qui ont semé la terreur à Abidjan contre les pro-Ouattara.

Le 15 janvier 2011 à Abidjan, en Côte d'Ivoire, Simone Gbagbo devant les militants de son époux, Laurent Gbagbo. (ISSOUF SANOGO / AFP)
 
Un pouvoir bicéphale, même si…
Il ne faut toutefois pas penser qu’elle menait la barque dans le couple présidentiel, hydre à deux têtes. Celles de deux divorcés qui se sont construits dans les épreuves. Ainsi, en 2001, quand L’Express interrogeait son rapport au pouvoir et son influence auprès de son président de mari, elle rétorquait : «Je laisse dire. Mon mari a une très forte personnalité. Moi aussi, ce qui me donne un certain poids. Il m’écoute, c’est normal.» Quant au pouvoir, «je n’en ai pas autant qu’on le prétend», lâchait-elle.
 
Aujourd’hui, si Simone partage son temps entre prières et lecture de la Bible en attendant un possible transfèrement vers la Haye, la réconciliation tarde dans son pays. Le groupe de réflexion International Crisis Group dénonçait le 26 novembre 2012 une «justice dangereusement partisane» aux dépens des seuls partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo concernant les crimes commis durant la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011.

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