Côte d'Ivoire : l’association éducative Mission laïque française va piloter la formation de 5 000 enseignants

La Côte d'Ivoire et plus généralement l'Afrique de l'Ouest manquent d’enseignants. Les autorités poussent les secteurs privés et associatifs à entrer dans le jeu pour répondre aux besoins. Un centre de formation professionnelle vient d’être inauguré à Abidjan.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Centre de formation des enseignants dans les locaux du lycée international Jean Mermoz à Abidjan, le 5 février 2021. En Afrique de l'Ouest, la moitié des enfants qui arrivent au collège ne savent ni lire, ni écrire. (ISSOUF SANOGO / AFP)

En Côte d'Ivoire comme dans l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, plus de la moitié des élèves débutent le secondaire sans savoir lire, ni écrire. Avec une démographie galopante, les besoins en enseignants sont énormes. Et tous les acteurs, qu'ils soient publics, privés ou associatifs, sont les bienvenus. La Mission laïque française, une association conventionnée par les ministères français de l’Education nationale et des Affaires étrangères, vient d’inaugurer à Abidjan un Centre de développement professionnel (CDP) qui doit former en cinq ans plus de 5 000 enseignants de 15 pays d'Afrique subsaharienne francophone.

L’Ecole normale supérieure de la Côte d'Ivoire ne forme que 5 000 enseignants par an, ce qui est très insuffisant pour répondre aux besoins. Parrainé par la ministre ivoirienne de l'Education nationale et financé – en partie  par l'Agence française de développement (AFD), ce CDP doit commencer à répondre aux énormes besoins du système éducatif.

Proximité avec les systèmes scolaires français

"Compte tenu de la très grande proximité de nos systèmes scolaires, il nous a semblé important de créer ce Centre de développement professionnel", explique Jean-Christophe Deberre, ancien directeur de la Mission laïque française, à l'initiative de ce projet. Il s'agit selon lui d'une "brique de plus dans la coopération entre la France et les pays d'Afrique francophone".

Le CDP doit former le personnel de l'enseignement public français en Côte d'Ivoire et dans la sous-région, ainsi que ceux de l'enseignement privé. Le lycée international Jean-Mermoz à Abidjan, le plus grand établissement français du pays, abrite ses locaux.

Son but est de proposer une formation initiale ou en continu "à près de 10 000 enseignants et étudiants pour relever le défi de la qualité de l'enseignement", affirme François Clauzel, le directeur du CDP. "Nous voulons mettre un terme à une vieille méthode qui consistait à réunir des enseignants, leur donner une formation théorique et les renvoyer dans leur classe", dit-il, promettant un suivi tout au long de leur carrière professionnelle par une formation adaptée en présentiel et/ou en distanciel. Mais aussi par l’intermédiaire d’une plateforme reliant en réseau les différents acteurs.

La ministre ivoirienne de l'Education, Kandia Camara, s'est réjouie de l'installation de ce centre lors de la cérémonie inaugurale.

"Ce centre innovant vient à point nommé pour combler des besoins pressants en matière d'ingénierie pédagogique, de formation initiale et de renforcement continu des capacités"

Kandia Camara, ministre ivoirienne de l'Education

à l'AFP

Elèves illettrés ou analphabètes

Le CDP doit permettre de relever le système éducatif des pays ouest-africains, de plus en plus critiqué pour la piètre qualité de ses acteurs et sa mauvaise gouvernance. "Plus de la moitié (55%) des élèves de 15 pays d'Afrique francophone débutent leur scolarité dans le secondaire sans savoir écrire, ni lire", souligne un récent rapport du Programme d'analyse des systèmes éducatifs (PASEC) des ministres de l'Education d'Afrique francophone. "Ces élèves éprouvent des difficultés d'apprentissage (...) relativement importants dans le déchiffrage de l'écriture et la compréhension des mots", indique ce rapport financé notamment par l'AFD.

"Le facteur qui a le plus d'influence sur la réussite des élèves, c'est l'enseignant. Un bon enseignant, c'est celui qui va faire progresser très vite ses élèves", note Julie Higounet, responsable ingénierie formation à la Mission laïque française qui pilote le projet.

Formation continue des enseignants

Pour Théodore Gnagna Zadi, à la tête d'une plateforme qui regroupe une cinquantaine de syndicats du public et du privé, en majorité d'enseignants, la Côte d'Ivoire "a commencé à régresser dans la qualité de l’enseignement : nos camarades ont besoin de cet instrument pour stopper l'hémorragie et relancer le système".

Créée en 1902, la Mission laïque française est une association qui promeut hors de France la présence de la langue et de la culture françaises par l’éducation. Présente dans 36 pays, elle compte à ce jour 60 000 élèves de la maternelle au lycée. Elle scolarise en majorité des enfants locaux, mais aussi des enfants français, notamment là où elle assure une mission de service public. Pour ce faire, elle s’appuie sur des ressources humaines variées : personnels français détachés de l'éducation nationale ou retraités, personnels nationaux de recrutement local qui constituent la majorité des professeurs.

Un programme identique est en projet à Rabat, au Maroc, avec comme objectif la formation de 2 000 enseignants.

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