Climat : l’Afrique du sud maintient le cap sur le "tout charbon"

Le ministre sud-africain de l’énergie a présenté le 18 octobre 2019 le très attendu plan du gouvernement en matière d'électricité. Malgré la pollution de l'air, les sécheresses répétées et le manque d'eau, Prétoria va continuer à augmenter sa production d'électricité à base de charbon à hauteur de 1500 MGW.

En Afrique du sud, des femmes ramassent du charbon, non loin de la centrale électrique de Duvha, appartenant à la société nationale d\'électricité Eskom. Photo prise le 5 février 2015 à Emalahleni.   
En Afrique du sud, des femmes ramassent du charbon, non loin de la centrale électrique de Duvha, appartenant à la société nationale d'électricité Eskom. Photo prise le 5 février 2015 à Emalahleni.    (MARCO LONGARI / AFP)

L'Afrique du Sud, un des pays les plus pollués de la planète, va encore augmenter sa production d'électricité à base de charbon. D'ici 2030, le pays produira 1 500 mégawatts d’électricité supplémentaires à partir du charbon, a annoncé le ministre de l'Energie Gwede Mantashe. Le charbon, principale source d'électricité en Afrique du Sud, "va continuer à jouer un rôle significatif dans la production électrique puisque le pays dispose de cette ressource en abondance", a déclaré le ministre, lors d'une conférence de presse le 18 octobre à Pretoria.

Les coupures d'électricité, le quotidien des Sud-Africains

Cette annonce intervient au lendemain de coupures d’électricité géantes qui fragilisent l’économie du pays et empoisonnent la vie quotidienne de la population, comme ces examens scolaires qui ont dû être reportés. Ces délestages chroniques sont liés, selon les autorités sud-africaines, à des pannes dans des centrales à charbon vieillissantes et mal entretenues.

La capacité de production de la société publique d’électricité (Eskom) en grande difficulté financière et technique est passée en quelques années de 47 000 mégawatts à 35 000 mégawatts en raison du "parc vieillissant" de centrales à charbon, a expliqué David Mabusa, vice-président sud-africain, donnant l'exemple de la centrale d'Hendrina (nord), dont deux seulement des six unités fonctionnent actuellement.

Le charbon "restera la principale source d'énergie, contribuant à hauteur de 59%" à la production d'énergie nécessaire pour répondre à la demande d'ici 2030, selon le vice-président. Le reste de l'énergie sera produite par le nucléaire (5%), l'hydroélectrique (8%), le solaire (6%), l'éolien (18%) et le gaz (2%), a-t-il précisé, réaffirmant toutefois l'engagement de l'Afrique du Sud à respecter l'Accord de Paris sur le changement climatique et à "réduire les émissions" de gaz à effet de serre.

Une société civile encore trop peu mobilisée

Ce plan a provoqué l'indignation des défenseurs de l'environnement. "Il contredit le besoin urgent d'une transition juste et est complètement déconnecté de la réalité", ont estimé plusieurs ONG dont Greenpeace. "L'Afrique du Sud est déjà l'une des régions les plus polluées au monde, ont-elles rappelé dans un communiqué. L'augmentation irrationnelle de l'utilisation du charbon va rendre l'air encore plus meurtrier." C’est aussi un pays de plus en plus soumis à la sécheresse, et à des coupures d’eau dans les plus grandes villes du pays.

En juin, des ONG avaient décidé d'attaquer en justice le gouvernement sud-africain pour avoir "violé le droit" constitutionnel des citoyens à respirer un air sain dans le nord-est charbonnier du pays. Mais les activistes sud-africains du climat, trop peu nombreux ont du mal à se faire entendre. Ils étaient une petite centaine à manifester le 11 octobre 2019 dans les rues de Pretoria avec le mouvement écologiste international Extinction Rebellion. 

Dans ce pays, on connaît des sécheresses. On voit aussi davantage de catastrophes climatiques. Il faut déclarer l’urgence climatique et prendre des mesures pour réduire radicalement nos émissions carboneBrandon AbdinorExtinction Rébellion (Afrique du sud)

Enfermé dans le "tout charbon"

Reste à expliquer aux citoyens et au monde comment on peut ratifier l'Accord de Paris sur le climat, diminuer les gaz à effet de serre tout en multipliant les centrales à charbon. Alors que les émissions de CO2 de l’Afrique du Sud s’élèvent à 7,4 tonnes par habitant, et sont supérieures de 70% à la moyenne mondiale. D’autant que de l'avis des experts, l'électricité à partir du solaire a vu ses prix s'effondrer et est désormais moins chère que le charbon.

L’explication, c’est que l’Afrique du sud est le 6e producteur mondial de charbon dont il exporte un quart de sa production, essentiellement vers la Chine et l’Inde. Des exportations appelées à baisser dans les prochaines années, mais qui seront compensées par la croissance du marché intérieur.