Au Burundi, une nomination de mauvais augure à la tête de la télévision nationale

L'organisation Human Rights Watch a dénoncé le 13 juillet 2019 la nomination inquiétante d'Eric Nshimirimana, chef de la ligue de jeunesse du parti au pouvoir (CNDD-FDD).

Entrée de la Radio-Télévision nationale du Burundi (RTNB), à Bujumbura, la capitale, le 20 avril 2001.
Entrée de la Radio-Télévision nationale du Burundi (RTNB), à Bujumbura, la capitale, le 20 avril 2001. (MARCO LONGARI / AFP)

L'acte est symbolique, mais le Burundi s'en serait bien passé. La nomination le 11 juillet dernier d'Eric Nshimirimana au poste de directeur général de la Radio-Télévision nationale du Burundi (RTNB) a, à juste titre, fait grincer des dents. Le chef des Imbonerakure, parti qualifié de "milice" par l'ONU, est réputé pour les nombreuses exactions et violations massives des droits humains commises ces dernières années. Sa nomination de directeur à la tête de l'unique média public audiovisuel du pays, à moins d'un an de l'élection présidentielle de 2020, vient de lui octroyer un pouvoir supplémentaire, ce qui inquiète fortement l'opposition burundaise. 

"M. Nshimirimana devrait rendre des comptes pour ce qui s'est passé sous sa direction (à la tête des Imbonerakure), au lieu d'être récompensé par cette nomination à la direction de l'un des derniers médias du pays", a ainsi déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié mi-juillet. 

"Au cœur du système répressif"

Car les dizaines de milliers de jeunes du parti Imbonerakure, sous les ordres de leur chef Eric Nshimirimana, jouent un rôle clé dans la répression. Quadrillant tous les territoires du pays, ils arrêtent, tabassent ou assassinent les opposants, ce qui est sans cesse dénoncé par les organisations internationales.

Dès qu'il a pris la tête des Imbonerakure, "M. Nshimirimana a permis les abus", assure ainsi Lewis Mudge, directeur Afrique centrale de Human Rights Watch. Le responsable de l'organisation réaffirme que "ces abus, y compris des arrestations, des cas intimidation et d'extorsion et des assassinats (sic), se poursuivent (encore) aujourd'hui". La Ligue de jeunesse du parti au pouvoir est accusée d'être au cœur du système répressif burundais à côté de l'armée, de la police et du Service national de renseignement (SNR).

Un coup dur pour la liberté d'expression

Cette nomination intervient dans un contexte de crise politique et sécuritaire au Burundi, déclenchée en 2015 lorsque le président Pierre Nkurunziza a décidé de briguer un troisième mandat. M. Nshimirimana avait, au même moment, été porté à la tête des Imbonerakures et depuis, soutient fidèlement le président. 

Des membres d\'une famille de victimes tuées par un groupe armé à Ruhagarika, au Burundi, le 15 mai 2018.
Des membres d'une famille de victimes tuées par un groupe armé à Ruhagarika, au Burundi, le 15 mai 2018. (STR / AFP)

La Radio-Télévision nationale, de son côté, est depuis de nombreuses années un véritable organe étatique au service du parti au pouvoir. Le message que renvoie le pouvoir burundais pour les mois à venir est donc clair : les médias publics seront désormais entièrement sous contrôle du CNDD-FDD (le parti au pouvoir). "La nomination d'un tel Directeur Général signifie que cette fois nous n'aurons plus aucune marge de manœuvre à l'approche des élections de 2020", a ainsi regretté auprès de l'AFP un journaliste de la RTNB, sous couvert d'anonymat.

"La nomination d'Eric Nshimirimana à la direction de la RTNB porte un coup dur à toutes les victimes des abus perpétrés par les Imbonerakure, ainsi qu'à la liberté de la presse au Burundi", a déclaré M. Mudge.

Les violences et la répression qui ont accompagné la crise politique au Burundi auraient fait au moins 1200 morts et déplacé plus de 400 000 personnes entre avril 2015 et mai 2017, selon les estimations de la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête pour crime contre l'humanité.