Togo : comment le jihadisme est devenu un risque sécuritaire dans ce petit pays d'Afrique de l'Ouest

L'impuissance du Mali à faire face au terrorisme commence à mettre en péril les pays du golfe de Guinée, notamment le Togo.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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L'armée prend part aux célébrations du 55e anniversaire de l'indépendance du Togo, le 27 avril 2015, à l'extérieur du palais présidentiel, à Lomé, la capitale. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Le projet de décret d'état d'urgence pour la Région des Savanes (extrême Nord frontalier avec le Burkina Faso) adopté le 13 juin 2022 par les autorités togolaises est la dernière addition à l'arsenal de défense que le Togo a mis en place face au terrorisme. La menace s'est précisée en 2019 pour ce petit Etat de l'Afrique de l'Ouest, à sa frontière avec le Burkina Faso. L'insécurité au Mali, qui s'est étendue à ses voisins comme le Burkina Faso et le Niger, a largement gagné ces dernières années les pays du Golfe de Guinée.

Le 15 février 2019, rapporte une publication de l'Institut d'études de sécurité (ISS), "une attaque contre un poste mobile de douane, à Nohao, dans la province du Boulgou au Burkina, proche de la région des savanes du Togo" − zone frontalière qui se situe au nord du pays et à l'est du Burkina − fait "cinq victimes dont quatre douaniers et un prêtre espagnol". Cet incident sera à l'origine de la mise en place du Comité interministériel de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent (CIPLEV) installé le 15 mai 2019. Ce "mécanisme non-militaire" vient compléter les mesures prises par le Togo depuis 2017 pour prévenir l’extrémisme violent sur son territoire", précisait alors l'article de l'ISS. 

Risque tangible

Deux ans plus tard, la menace terroriste va s'incarner véritablement sur le territoire togolais avec l'attaque "par un groupe d'individus lourdement armés", dans la nuit du 9 au 10 novembre 2021, d'un "poste avancé des forces de défense et de sécurité (FDS)" déployées à Kpékpakandi (préfecture de Kpendjal), dans la région des Savanes. Selon le portail officiel du gouvernement togolais, "les assaillants en provenance du Burkina Faso ont été repoussés grâce au dispositif de l’Opération Koundjoare, mis en place dans la région".  A l'époque, les autorités togolaises rappelaient que pour "mieux lutter contre la menace terroriste en provenance du Sahel, le Togo (avait) déployé des forces dans cette zone sensible".

Six mois plus tard, presque jour pour jour, les jihadistes frappent à nouveau ce même poste avancé dans la Région des Savanes. Cette fois-ci, l'attaque revendiquée par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda ) est mortelle : "huit morts et treize blessés du côté des militaires." Une première pour Lomé. 

Un fardeau supplémentaire

Selon les autorités togolaises, l'état d'urgence vise à renforcer "la célérité de la prise des décisions et facilitera une meilleure agilité des services publics et des forces de défense et de sécurité", lit-on sur Republic of Togo, le site d'informations pro-gouvernemental. Lomé se veut rassurante quand elle souligne par ailleurs que "l'état d'urgence ne doit pas être interprété comme un signe d’aggravation mais comme une action de renforcement de la protection du pays contre la menace terroriste".

Le 16 juin dernier, Republic of Togo rapportait qu'une nouvelle attaque jihadiste avait été "repoussée" dans "les cantons de Gnoaga et Gouloungoushi, à la frontière partagée par le Togo, le Ghana et le Burkina Faso".  

Reste que le discours se veut mesuré pour décrire une situation qui alarme toute l'Afrique de l'Ouest et la communauté internationale. Le Togo, qui doit relever des défis socio-politiques majeurs notamment liés à sa vie démocratique, doit désormais faire face à un challenge sécuritaire dont le coût humain et financier reste lourd pour ce petit pays. En rendant visite en février 2021 aux militaires de l'opération Koundjoare, le président togolais Faure Gnassingbé avait rappelé que la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), soit quinze Etats, avait adopté un plan d'action pour la période 2020-2025 d'un milliard de dollars. A titre de comparaison, l'opération Barkhane, dont le Mali a exigé la fin, a coûté environ un milliard d'euros à la France chaque année.  

Le Togo cherche des solutions

Trouver une issue à la crise malienne et sahélienne est peut-être la raison pour laquelle le Togo s'implique davantage. Son dirigeant a accepté d'être le médiateur de la crise malienne, à la demande de la junte militaire au pouvoir à Bamako, auprès de la Cédéao. Une façon indirecte pour Lomé de trouver une solution à son problème sécuritaire en cherchant une issue à l'instabillité politique qui règne au Mali, toujours dans l'incapacité de lutter efficacement contre le jihadisme sur ses terres où plus d'une quinzaine de soldats togolais ont déjà péri. Et aussi à régler celui des déplacés qui arrivent au Togo, devenu le refuge de centaines de Burkinabè qui fuient les violences terroristes dans leur pays. 

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