Les Botswanaises mariées peuvent enfin prétendre à un lopin de terre alloué par l'Etat

C'était une promesse de campagne du président botswanais.

Une femme vote le 23 octobre 2019 à Gaborone, la capitale bostwanaise, lors des élections générales. 
Une femme vote le 23 octobre 2019 à Gaborone, la capitale bostwanaise, lors des élections générales.  (MONIRUL BHUIYAN / AFP)

Jusqu'à récemment au Botswana, il ne pouvait y avoir qu'une seule personne dans un couple officiellement marié, à savoir l'homme, qui pouvait bénéficier des terres attribuées par l'Etat. "La politique foncière du Botswana de 2015 était discriminatoire à l'égard des femmes mariées", a admis le président Mokgweetsi Masisi qui avait promis durant sa campagne en 2019 de faire évoluer la loi en la matière. 

(L'année dernière, pendant la campagne électorale du BDP, je me suis engagé à faire en sorte que la politique foncière soit modifiée de manière à donner aux femmes mariées le droit de demander des terres même si leur mari s'est déjà vu attribuer des parcelles.)

La clause incriminée dans la loi a été expurgée, a annoncé mi-septembre 2020 le dirigeant bostwanais. "Chaque Motswana (habitant du Botswana, NDLR) aura droit à l'attribution d'un terrain résidentiel dans une zone de son choix à l'intérieur du pays, tant sur les terres de l'Etat que sur les terres tribales", a précisé le président Masisi en citant le nouveau texte. Le chef de l'Etat a également invité les structures concernées à aider les femmes à jouir pleinement des droits fonciers nouvellement acquis.  

Aider les femmes à bénéficier de leurs nouveaux droits

Mokgweetsi Masisi a ainsi encouragé "les autorités locales et foncières ainsi que les ONG à intensifier les campagnes visant à informer les femmes et les orphelins de (leurs droits) et à leur offrir un soutien juridique pour qu'ils puissent revendiquer avec succès leur droit légitime à la terre".

L'appel du président botswanais n'est pas anodin. Selon une enquête publiée en 2019 par l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), les pesanteurs sociales empêchent souvent les femmes de profiter des réformes conduites pour une meilleure reconnaissance de leurs droits fonciers.

Jusqu'ici au Botswana, rappelle Reuters"seules les femmes non mariées ou les épouses d'hommes qui ne possédaient pas encore de terres pouvaient bénéficier de droits fonciers. Cette discrimination privait des millions de femmes mariées, de veuves et de mères célibataires de l'accès à la terre où elles vivaient et travaillaient." Notamment dans le secteur agricole où elles constituent en Afrique la majorité de la main d'œuvre mais ne possèdent pas la terre. En 2016, l'Union africaine a lancé une campagne afin que ses membres allouent aux femmes au moins 30% des terres disponibles à l'horizon 2025.

Au Botswana, "selon un audit du gouvernement présenté au Parlement (en août 2020), 53% des 620 660 personnes inscrites sur la liste d'attente pour l'attribution de terres par le gouvernement sont des femmes", indique l'agence.  

Cette évolution juridique constitue une vraie victoire pour les avocats des droits des femmes qui combattent un système patriarcal souvent réfractaire au changement. Le professeur Faustin Kalabamu de l'Université du Botswana soulignait dans une étude, il y a une quinzaine d'années, que "l'exclusion continue des femmes mariées du contrôle et de la propriété des terres est directement liée à la persistance d'éléments patriarcaux au niveau public ou étatique, puisque les structures décisionnelles au Botswana continuent d'être dominées par les hommes".

Pour autant, en Afrique australe, le Botswana est l'un des pays qui s'est activement engagé dans la réforme de son système foncier.