Nouveau pas vers la fin du franc CFA, le Bénin annonce le retrait de ses réserves de change logées auprès du Trésor français

Premier pays à franchir le pas, le Bénin annonce que ses réserves seront réparties auprès de diverses banques centrales dans le monde.

Le franc CFA est la monnaie commune aux pays de la zone Umoa (Union monétaire ouest-africaine) qui comprend le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d\'Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Séngal et le Togo. Un autre franc CFA existe aussi pour les pays d\'Afrique centrale : Gabon, Cameroun, RDC, Guinée équatoriale, Tchad.
Le franc CFA est la monnaie commune aux pays de la zone Umoa (Union monétaire ouest-africaine) qui comprend le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Séngal et le Togo. Un autre franc CFA existe aussi pour les pays d'Afrique centrale : Gabon, Cameroun, RDC, Guinée équatoriale, Tchad. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Est-ce le début de la fin pour le franc CFA ? Le président béninois Patrice Talon a annoncé le 7 novembre 2019 sa décision de retirer rapidement les réserves de change de son pays, logées à Paris. Actuellement, la France s’engage à assurer la convertibilité du franc CFA avec l’euro, en contrepartie du dépôt de 50% des avoirs en devises des pays africains sur un compte ouvert auprès du Trésor français. C’est la première fois qu’un président africain prend une telle décision qui signifie la fin rapide du franc CFA, tel que nous le connaissons depuis 74 ans.

Un pas décisif vers la fin du franc CFA

"Nous sommes tous d'accord là-dessus, à l'unanimité, pour mettre fin à ce modèle", a déclaré le président Talon dans une interview à la radio RFI et à la chaîne France 24, assurant que ce modèle était avant tout un "problème psychologique" et non "technique". 

"La banque centrale des pays d'Afrique de l'UMOA (Union monétaire ouest-africaine) va gérer la totalité de ces réserves de devises et va les répartir auprès des diverses banques centrales partenaires dans le monde", a assuré le chef de l'Etat béninois, déclarant que cela se ferait "très rapidement", mais sans donner de calendrier précis. Des économistes africains proposent notamment d'arrimer le franc CFA non plus à l’euro, mais à un panier de monnaies (euro, dollar, yuan, etc.).

Etabli en 1945, une quinzaine d'année avant l'indépendance des colonies françaises, la valeur du franc CFA est aujourd'hui indexée sur l'euro (1 euro=655,96 francs CFA), ce qui maintient les économies africaines dans la dépendance de la politique monétaire européenne, une situation régulièrement taxée de "néo-colonialisme".

Vers une nouvelle monnaie ouest-africaine : l'eco

En revanche, les planches à billets étant sous contrôle de la Banque de France, la Zone franc est toujours restée dans les normes européennes : une inflation en dessous des 3% et une dette inférieure à 70% du PIB. Ce qui donne une stabilité à cette monnaie que n'ont pas d'autres monnaies de la région, comme le naira nigérian ou le cedi ghanéen. Pour autant, aucun pays de la Zone franc n’est en mesure de créer de la monnaie selon ses besoins, ce qui peut ralentir leur économie… ou leur endettement, diront certains.

Début octobre, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, avait déclaré que la France était ouverte à une "réforme ambitieuse" du franc CFA. Il avait dit attendre que les 15 pays qui partagent cette devise attachée à l'euro "décident ce qu'ils souhaitent", à un moment où l'Afrique de l'Ouest envisage de créer sa propre monnaie commune.

Rappelons que les pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) – dont le Ghana  se sont mis d'accord pour l'adoption d'une monnaie unique, l'Eco, qui sonnerait le glas du franc CFA dans cette région.