Du CFA à l'Eco, les réformes dans la zone franc paraissent faire l'unanimité

La future monnaie unique de la Cédéao semble mettre tout le monde d'accord sur la nécessité de revoir les termes de la coopération monétaire entre la France et les huit pays ouest-africains qui utilisent le CFA. 

Des billets de 10 000 francs CFA émis par la Banque centrale des Etats de l\'Afrique de l\'Ouest (BCEAO).
Des billets de 10 000 francs CFA émis par la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). (ISSOUF SANOGO / AFP)

Il semble que ce ne sont pas les polémiques mais l'Eco, la future monnaie commune de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui aura raison de la zone franc CFA. Du moins, si les huit pays qui – avec la France – constituent une union monétaire comptent véritablement adopter la monnaie commune de la Cédéao.

Dans de récentes déclarations lors de leurs déplacements en France, le président de la Côte d'Ivoire Alassane Ouattara et son homologue ghanéen Nana Akufo-Addo ont confirmé la nécessité des réformes, tout comme leur hôte, le chef de l'Etat français Emmanuel Macron.

"Quelques transformations" dans la zone franc

Comme souvent, Alassane Ouattara l'a fait du bout des lèvres à l'issue de son entretien avec Emmanuel Macron le 9 juillet 2019, quelques jours après le sommet de la Cédéao où le nom de la monnaie a été confirmé. "Les monnaies vivent au rythme des Etats (…). La Côte d’Ivoire est un pays qui se porte très bien. Le FCFA se porte bien. (Nous avons) décidé qu’ensemble, à quinze, nous allons mettre en place une nouvelle monnaie qui s’appelle l’Eco. A terme, le FCFA s’appellera l’Eco et nous allons continuer d’y travailler. On espère que ça pourra se faire le plus tôt possible."  

Le dirigeant ghanéen Nana Akufo-Addo a paru plus ferme sur la question des réformes alors qu'il s'exprimait pendant le débat organisé par l'Elysée avec les diasporas africaines, le 11 juillet 2019. "Clairement, il faudra qu’il y ait quelques transformations dans l’arrangement monétaire de ces pays", a-t-il déclaré en évoquant la situation de "8 des 15 (Etats)" de l’Afrique de l’Ouest qui appartiennent à la zone franc CFA. Le Nigeria est sur la même longueur d'ondes. 

"En ce qui concerne la monnaie unique, a ajouté Nana Akufo-Addo, ce qui a été très utile pour nous dans nos débats (...), c’est la déclaration du président Macron en 2017 parce que les gens pensaient que la France voulait s’accrocher à la zone franc CFA (…). La France a bien dit qu’elle laissait la décision et le choix (aux pays africains d'opter pour le CFA) ou une autre monnaie".

Abondant dans le sens de son homologue ghanéen, Emmanuel Macron s’est dit "attaché" au "succès" de l’intégration régionale dans la zone Cédéao. "Le FCFA a existé, il existe, il y a une utilité, mais il ne faut pas qu’il y ait de tabou. C’est un sujet qu'on doit pouvoir ouvrir et qu'on a décidé d'ouvrir ensemble avec nos partenaires africains de manière apaisée, sans culte du symbole", a-t-il indiqué face à son hôte, Nana Akufo-Addo. "On doit garder la part de stabilité que ça apporte, mais on doit permettre à toute la région de s’intégrer pleinement dans un espace monétaire intégré comme l’a dit le président du Ghana." 

"2 ou 3 pays" prêts pour la monnaie unique en 2020 

Les réformes font l'unanimité. A l'instar d'une adoption progressive de l'Eco. "Les pays qui sont prêts, par exemple les pays de la zone Uemoa (Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest) (...) qui ont fait des efforts importants de bonne gestion, de bonne gouvernance, de maîtrise des déficits, de la dette, (seront) prêts sans doute en 2020. Il appartiendra aux chefs d’Etat de cette zone de prendre une décision", déclarait Alassane Ouattara à Paris. 

"En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, nous respectons les critères de convergence pour 2020."  A la date choisie, "ceux qui sont prêts pourront commencer, je pense à 2 ou 3 pays en Afrique de l’Ouest", estime pour sa part Nana Akufo-Addo. "Le Ghana pense qu’il est essentiel que nous ayons cette monnaie unique" afin de mieux organiser les échanges économiques et commerciaux dans une zone qui rassemble "350 millions d'habitants", a insisté le président ghanéen à l'Elysée, "optimiste" quant à l'Eco. 

A Abidjan, on n'en pense pas moins surtout quand les prix du cacao sont en jeu. "Nous tenons à avoir cette monnaie de la Cédéao en 2020", affirmait en février 2018 le président ivoirien à la veille d'une rencontre avec ses pairs en charge du dossier de la monnaie unique.

"Notre participation à cette réunion, ce sera de dire à nos frères ghanéens et à tous nos frères que nous devons aller tous dans la même direction parce que c’est ça le salut. Quand on voit les prix du cacao sur le marché mondial, alors que la Côte d’Ivoire et le Ghana produisent 60% de la production mondiale et que les prix chutent de 40%, ce n’est pas normal !" Une "meilleure convergence" économique est par conséquent indispensable, selon le chef de l'Etat ivoirien.  

Quatre pays pilotent aujourd'hui les débats sur la monnaie unique de la Cédéao : deux pays anglophones, le Ghana et le Nigeria, et deux Etats francophones, la Côte d’Ivoire et le Niger, où s’est tenu en 2017 le sommet dédié à la monnaie unique.