Crise pétrolière : l'Angola veut renégocier sa dette envers la Chine

Face à la dégringolade des cours du pétrole, l'Angola est au bord de la faillite. La dette avec la Chine, principal bailleur de fonds du pays, pèse lourd.

Le \"Dalia\" de la compagnie Total au large de l\'Angola le 31 mai 2007. Le navire assure à la fois le pompage, le stockage et le transbordement du pétrole vers les pétroliers. Il peut stocker l\'équivalent de 8 jours d\'extraction.
Le "Dalia" de la compagnie Total au large de l'Angola le 31 mai 2007. Le navire assure à la fois le pompage, le stockage et le transbordement du pétrole vers les pétroliers. Il peut stocker l'équivalent de 8 jours d'extraction. (REUTERS STAFF)

L'Angola est le pays le plus touché d'Afrique par la crise pétrolière liée à l'épidémie de coronavirus. En effet, la filière pétrolière contribue pour moitié à la richesse de la nation. Contrairement à certains pays, comme l'Algérie, il ne bénéficie pas d'un matelas de devises pour amortir la baisse des revenus pétroliers qui représentent près de 90% de ses exportations.

Plus grave encore, en 2017, selon le Massachusetts Institute of Technology (MIT), l'Angola a vendu les deux tiers de son pétrole à un seul client : la Chine. Le pays semble totalement "sino-dépendant", d'autant qu'il est également le principal bénéficiaire africain des prêts chinois au développement. Autour de 50 milliards de dollars entre 2000 et 2017, dont près de la moitié garantis sur le pétrole, selon l'ONG Natural Resource Governance Institute (NRGI).

La Chine omniprésente

Ainsi, c'est en nature que le pays rembourse en partie sa dette à la Chine. Un mécanisme apparu au début de ce siècle dénommé "prêt adossé à des ressources naturelles". Faute de devises, ce système de troc est un moyen facile d'accéder aux prêts chinois ou autres, puisque garantis par des ressources. Pour l'Angola, le remboursement d'une partie de la dette chinoise représente une dizaine de cargaisons de pétrole par mois.

Pays membre de l'Opep, l'Angola doit aussi être solidaire des mesures de réduction des exportations décidées par l'organisation afin de faire remonter le prix de l'or noir. Le troc ne rapportant pas de devises, Luanda a décidé de réduire les livraisons à la Chine de l'ordre de 60%, selon les estimations de l'agence Reuters.

Mais cela ne suffira pas pour passer la crise. Et de toutes manières, il faut honorer les contrats en cours. Récemment, le ministère chinois des Affaires étrangères a confirmé que l'Angola avait demandé un allégement de sa dette et que, "en tant que partenaire stratégique important de l'Angola, la Chine prend les besoins de l'Angola au sérieux". L'un ne pouvant se passer de l'autre, les deux partenaires doivent trouver un terrain d'entente.

Une rente pétrolière dangereuse

D'autant que l'Angola a aussi d'autres ardoises, notamment un prêt de 3,7 milliards de dollars au FMI obtenu en 2019. Pendant ce temps, la compagnie pétrolière nationale, Sonangol empruntait 2,5 milliards de dollars à des banques. La gestion de la filière pétrolière angolaise n'a jamais baigné dans la transparence. Le pétrole a largement contribué à l'enrichissement des gens au pouvoir, à l'instar d'Isabelle Dos Santos, placée par son président de père, José Eduardo Dos Santos, à la tête de la compagnie nationale.

Le coup de balai passé après le départ du pouvoir de Dos Santos et la volonté de réformer le secteur pétrolier n'ont pas encore porté leurs fruits.