Comment sont authentifiées les vidéos des jihadistes ?

Le groupe algérien Jund Al-Khilafa a annoncé, mercredi, avoir assassiné Hervé Gourdel en publiant une vidéo de sa décapitation. Mais avant d'officialiser la mort de l'otage français, le gouvernement a passé au crible ces images.

Capture écran de la vidéo montrant la décapitation du Britannique David Haines publiée par l\'Etat islamique, le 14 septembre 2014.
Capture écran de la vidéo montrant la décapitation du Britannique David Haines publiée par l'Etat islamique, le 14 septembre 2014. (EYEPRESS NEWS / AFP)

"Message de sang pour le gouvernement français." C'est en publiant sur internet cette vidéo au titre évocateur, que le groupe algérien Jund Al-Khilafa a annoncé, et montré, mercredi 24 septembre, l'exécution de leur otage, le Français Hervé Gourdel.

L'assassinat n'a été confirmé par le gouvernement qu'après authentification du document par une équipe spécialisée au sein du ministère des Affaires étrangères. Une démarche habituelle de la part des autorités françaises mais aussi étrangères, car les jihadistes ont pris l'habitude de revendiquer leurs crimes par l'intermédiaire de vidéos, comme ce fut le cas pour les deux otages américains James Foley et David Sotloff et le Britannique David Haines. Voici comment opèrent les experts.

En s'intéressant au canal de diffusion

"Le canal de diffusion d'un enregistrement est important, explique à BFMTV Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme. Est-ce un canal particulier ou classique ? Quel est l'intermédiaire ? Est-ce un forum connu utilisé de manière régulière par cette organisation ? S'agit-il d'un compte Facebook ou Twitter connu ?" Telles sont les premières questions que les experts vont se poser. Mercredi, par exemple, Jund Al-Khilafa a publié sa vidéo sur Gulfup, "une plateforme d'hébergement de fichiers multimédia essentiellement utilisée en Arabie saoudite, en Egypte et en Algérie", note France info.

En passant les images au crible

Jean-Charles Brisard explique que des logiciels sont utilisés pour "voir si l'enregistrement a été altéré, s'il y a des coupes, s'il s'agit d'un montage ou s'il y a des superpositions d'images". Objectif : déterminer si la vidéo n'est pas truquée.

Ce type d'analyse est également courant sur les photos publiées par les jihadistes, et notamment par l'Etat islamique, comme le rapportait Le Monde, en juin.

En tentant d'identifier les personnes présentes à l'image

Après le canal et le support, les spécialistes se penchent sur ce que montre la vidéo : le contenu. Les enquêteurs vérifient notamment si un leader ou un individu connu apparaît dans le document. "S'il s'agit d'un dirigeant et qu'il est visible, ils vont utiliser la reconnaissance vocale, et s'attacher aux aspects physiques, au besoin à l'aide d'une reconnaissance faciale", détaille Jean-Charles Brisard à BFMTV.

Mais pour vérifier ces images, il faut également des contacts sur le terrain. "Il faut du temps pour savoir à qui poser les questions, pour comprendre qui est qui", estime auprès de Slate Wassim Nasr, journaliste à France24 et spécialiste des groupes djihadistes en Syrie, Irak, Libye et au Yémen.

En tentant d'identifier les lieux

L'Agence France-Presse a, elle aussi, développé des procédures d'authentification, en s'appuyant notamment sur les ressources de Google Maps. "On compare la physionomie des rues, des bâtiments ou des montagnes sur les vidéos et les images pour voir si il s'agit bel et bien du même endroit", explique Henry Bouvier, adjoint vidéo à la rédaction en chef de l'AFP, interrogé par Slate. "Tous les éléments visuels (plaques d'immatriculation des véhicules...) et sonores (accent des protagonistes de la vidéo) constituent des preuves supplémentaires", précise le site.