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Présidentielle en Algérie : comment travaillent les observateurs du vote ?

L'Union africaine a déployé 200 observateurs pour surveiller le scrutin qui se tient jeudi 17 avril. En quoi consiste leur métier et quel matériel utilisent-ils ? Francetv info a rencontré l'un d'eux.

Article rédigé par Gaël Cogné
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Véronique Kando est observatrice pour l'Union africaine. Elle surveille l'élection présidentielle en Algérie, du 17 avril 2014. (GAEL COGNE / FRANCETV INFO)

Ils sont 200 à venir de toute l'Afrique. Alors que les Algériens participent à l'élection présidentielle, jeudi 17 avril, des observateurs de l'Union africaine (UA) s'assurent que le processus électoral est transparent.

Une mission de la plus haute importance, explique à francetv info Véronique Kando, 59 ans, une observatrice burkinabè postée à Alger, car "notre rôle est de participer au renforcement de la démocratie. Le pouvoir se prend par l'urne. Pour avoir le pouvoir, il faut participer à l'élection et le candidat qui gagne doit être choisi par le peuple". Elle poursuit : "Beaucoup de conflits naissent du mauvais déroulement des élections, surtout des élections présidentielles. Il est donc normal que nous nous intéressions à ce processus qui fait partie de la vie de nos communautés dans le cadre de la démocratie".

A travers la présentation des objets indispensables pour mener à bien sa mission, elle nous explique le travail d'un observateur.

Le kit d'un observateur de l'Union africaine. (GAEL COGNE / FRANCETV INFO)

1 Le badge d'accréditation

Sans badge, on ne peut pas accéder aux 50 000 bureaux de vote du pays. Pour cette mission d'observation de l'Union africaine, 200 observateurs ont été accrédités. Selon le ministre des Affaires étrangères algérien, il y aussi des observateurs de la Ligue arabe (environ 130) et de l'organisation de la coopération islamique (OCI, une trentaine). L'Union européenne a refusé de participer à l'observation du scrutin, arguant qu'elle avait été contactée trop tard. Certains y voient une volonté de ne pas donner de crédit à l'élection.

Les profils des observateurs de l'Union africaine sont variés. On trouve "des parlementaires, des membres d'organes de gestion d'élections, des membres de la société civile..." Véronique Kando est une observatrice chevronnée. Elle a déjà surveillé des scrutins au Sénégal, en Guinée-Bissau à de nombreuses reprises, au Mali ou au Bénin. Selon elle, l'UA contacte les observateurs de sa base de données en fonction de leurs profils, notamment leur langue. En Algérie, beaucoup sont francophones ou arabophones.

2 Des autocollants pour le véhicule

La sécurité des observateurs est primordiale. Ils doivent apposer ces autocollants sur leurs véhicules pour être bien identifiés. Les autorités ont pris des dispositions pour assurer la sécurité des observateurs, mais aussi des agents électoraux et des électeurs. Plus de 260 000 policiers et gendarmes surveillent l'élection, jeudi 

Les observateurs se sont déployés dans tout le pays. Ce n'est pas une mince affaire. L'Algérie est le plus grand pays d'Afrique et fait plus de quatre fois la superficie de la France métropolitaine. Certains sont partis en avion mardi 15 avril, d'autres par la route, mercredi 16 avril. Véronique Kando sera dans Alger où tourneront 13 équipes de deux à trois personnes.

3 Une casquette et un gilet siglés

Encore une fois, il s'agit d'être bien identifiable pour éviter tout quiproquo. Les observateurs doivent à tout prix "éviter de s'ingérer dans les questions nationales. Nous ne sommes pas là pour donner des leçons à ceux qui ont organisé l'élection", prend soin de préciser l'observatrice. 

4 Des documents légaux

Les observateurs de l'Union africaine sont arrivés le 10 avril (c'est une "mission courte") pour recevoir une formation de deux jours. "Une mission d'observation, ça se prépare", explique l'observatrice. Les observateurs se sont fait remettre par les autorités de nombreux documents dont la loi électorale : "c'est important de savoir ce que le pays a édicté comme règles, cela change d'un pays à un autre". Avec eux également des formulaires sur lesquels ils rédigent leurs observations.

5 Un carnet et un stylo

Les observateurs prennent des notes de ce qu'ils voient. Chaque équipe choisit un bureau témoin dans lequel elle se rend "30 minutes avant l'ouverture pour voir comment les choses sont mises en place". Par exemple, les observateurs vérifient que "l'urne vide est présentée à tout le monde et qu'elle est ensuite scellée", pour éviter la fraude. Les observateurs vont ensuite tourner dans les bureaux de vote et revenir le soir pour le dépouillement.

Pendant la journée, ils remplissent des fiches détaillées, notamment pour l'ouverture et la clôture du bureau de vote, mais aussi pour signaler un incident. Elles seront transmises à une équipe de coordination, qui communique elle-même avec le chef de mission. Ce dernier peut donner des éléments à la presse au cours de la journée. Il fera un point-presse plus détaillé quelques jours après le vote. Les observateurs doivent quitter le pays le 22 avril.

6 Un téléphone portable

Le téléphone portable est nécessaire pour communiquer avec l'équipe de coordination. Elle fait des points réguliers dans la journée avec les différentes équipes. Les observateurs ont aussi des listes de contacts à joindre en cas de problème.

7 Une bouteille d'eau

"Je n'oublie surtout pas ma bouteille d'eau", sourit Véronique Kando. Il ne faut pas oublier de bien boire et s'alimenter. "Les journées d'observation sont toujours très fatigantes", explique l'observatrice, "on passe toute la journée à tourner" entre les différents bureaux de vote. En Algérie, le vote ouvre à 8h et se termine à 20h. Quand le dépouillement est terminé, la journée des observateurs, elle, continue. Ils doivent encore se rendre au centre de compilation des résultats, s'assurer que tout se passe correctement.

Pour préparer la journée, Véronique Kando et ses partenaires font du repérage sur les lieux la veille du scrutin. Ils en profitent pour voir s'ils peuvent rentrer manger à midi où s'ils doivent manger sur place. "Parfois, ça se passe de travers. En Guinée-Bissau, l'Union européenne nous avait fourni des plats cuisinés. Mais quand on a voulu manger, avec la chaleur, ce n'était plus bon : les plats avaient tourné", rit-elle. Pour être sûre d'être en forme, "la veille, je me couche tôt. Pour être d'aplomb." 

Véronique Kando est observatrice pour l'Union africaine. Elle surveille l'élection présidentielle en Algérie, du 17 avril 2014. (GAEL COGNE / FRANCETV INFO)

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