Algérie : la tension monte entre la population et les "3B", symboles du régime toujours en place

"Le gouvernement s’entête", "Le pouvoir teste la manière forte", "Tentations répressives"… Après les incidents qui ont émaillé la journée de manifestation du 12 avril 2019, la presse algérienne francophone s’interroge sur la volonté du pouvoir de reprendre la main et d’empêcher les défilés populaires contre le régime, symbolisé par trois proches de Bouteflika dont le nom commence par "B".

Un manifestant défile contre les \"3B\" (le président intérimaire Abdelakder Bensalah, le chef du conseil constitutionnel Tayeb Belaiz et le Premier ministre Noureddine Bedoui) lors d\'une manifestation à Oran, le 9 avril 2019. Sur la banderolle on peut lire \"Non aux voyous\".
Un manifestant défile contre les "3B" (le président intérimaire Abdelakder Bensalah, le chef du conseil constitutionnel Tayeb Belaiz et le Premier ministre Noureddine Bedoui) lors d'une manifestation à Oran, le 9 avril 2019. Sur la banderolle on peut lire "Non aux voyous". (/ AFP)

"La LADDH (Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme) dénonce les entraves à la liberté de circuler et les tentatives d’entraver les manifestations à Alger par les différents dispositifs policiers dans les rues principales. L’usage des bombes lacrymogènes est à dénoncer vis-à-vis des manifestations pacifiques, notamment dans le Tunnel des facultés qui a provoqué des scènes de panique, des évanouissements et des sensations d’étouffement chez des personnes âgées, malades et des personnes à mobilité réduite", ecrit dans El Watan Maître Nourredine Benissad, son président.

Pour la première fois depuis le début du mouvement de protestation contre le pouvoir algérien, des incidents, qui auraient pu être graves, ont eu lieu le 12 avril à Alger. De quoi y voir un raidissement du pouvoir face à la contestation de la rue.

A Alger, la manifestation, qui avait commencé dans une ambiance plus tendue qu'à l'habitude, s'est achevée par des heurts entre quelques centaines de jeunes et des policiers. Des agents anti-émeutes ont été déployés, pour la première fois un vendredi, sur le parvis de ce bâtiment emblématique devenu point de ralliement des manifestants, tentant même en vain de faire évacuer les lieux en début de matinée.

"Contrairement au week-end dernier (…), cette fois-ci, toutes les entrées de la capitale ont été complètement fermées par les mêmes services dans le but d’empêcher les citoyens de rejoindre la manifestation hebdomadaire anti-système", dénonce La Liberté.  Autre signe, l’un des premiers à s’être opposé au cinquième mandat de Bouteflika, Hadj Ghermoul, est toujours détenu, rappelle El Watan. 

"Les Algériens ne se contentent plus d’exprimer verbalement leur refus des 3B, résidus du clan Bouteflika"

Il faut dire que les millions de manifestants qui défilent dans toute l'Algérie ne cessent de mettre en cause le pouvoir de transition, composé de proches du président déchu. "Qu’ils partent tous" est devenu l’un des principaux slogans. "Tous", ce sont ceux contre lesquels "pendant des heures, en dansant, en chantant, sous le rythme des darboukas, cette foule, enlacée dans son fanion vert et rouge, a crié 'dégage !' aux 'trois B', surnommés 'le triangle des Bermudes' : Abdelkader Bensalah, le président par intérim depuis la démission d’Abdelaziz Bouteflika (le 2 avril), Noureddine Bedoui, Premier ministre, et Tayeb Belaiz, président du Conseil constitutionnel, tous des très proches de 'Boutef'", selon Le Monde.

"Les Algériens ne se contentent plus d’exprimer verbalement leur refus des 3B, résidus du clan Bouteflika, ils passent à l’action en perturbant et en empêchant les visites ministérielles, sur lesquelles le gouvernement mise pour reconquérir le terrain perdu et montrer qu’il est capable de gérer la situation", note TSA. Mais face à cette détermination, selon ce quotidien francophone, les derniers événements confirment "la volonté du pouvoir d’imposer par la force une transition contrôlée par les symboles du système, et qui est rejetée par les manifestants".

Face aux autorités, la population maintient la pression. Des exemples de désobéissance civile se multiplient (à Béchar, une délégation de trois ministres, conduite par celui de l’Intérieur, a été chassée par la population). 

Situation bloquée, situation explosive ? Certains redoutent le pire : "Aucune hypothèse n’est à exclure, y compris celle de l’existence chez certaines parties d’une volonté de provoquer des débordements pour justifier le rétablissement de l’interdiction de marcher dans la capitale (...) et, peut-être même 'provoquer une déclaration de l’état d’exception' comme suggéré par le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, lors de sa dernière sortie à Oran", affirme La Liberté