Denis Goldberg, l'un des co-accusés de Nelson Mandela au procès de Rivonia, est décédé

L'activiste, qui a combattu le régime ségrégationniste de Pretoria, était l'une des  figures de la lutte anti-apartheid. 

Denis Goldberg, le 8 juillet 2015 à Johannesburg, en Afrique du Sud.
Denis Goldberg, le 8 juillet 2015 à Johannesburg, en Afrique du Sud. (HASSAN ISILOW / ANADOLU AGENCY)

Le militant anti-apartheid sud-africain Denis Goldberg, qui a été jugé au côté de Nelson Mandela dans le procès de Rivonia en 1963-1964, est mort à l'âge de 87 ans à son domicile du Cap. Il s'est éteint "juste avant minuit le mercredi 29 avril 2020 (...) Il a dédié sa vie au combat pour la liberté en Afrique du Sud", a écrit sa fondation dans un communiqué publié le 30 avril. Il souffrait d'un cancer des poumons depuis des années. 

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a rendu hommage au disparu, l'un des plus éminents activistes blancs engagés dans la longue lutte contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud. "C'est (...) un moment pour nous tous d'apprécier l'engagement courageux de Denis Goldberg dans notre lutte et l'activisme de toute une vie en faveur (...) des communautés pauvres et vulnérables de notre pays", a déclaré le président sud-africain au lendemain de sa disparition. 

L'accusé n°3 du procès de Rivonia

Denis Goldberg, dont la famille était d'origine juive lituanienne, est né au Cap en 1933 de parents communistes. Au début des années 1960, le jeune ingénieur rejoint la branche armée du Congrès national africain (ANC), à la pointe du combat contre le régime raciste blanc au pouvoir en Afrique du Sud.

Il est arrêté en 1963 avec une poignée de dirigeants célèbres de la cause noire, dont Walter Sisulu, Govan Mbeki et Andrew Mlangeni. Il est condamné un an plus tard à la prison à vie au côté de Nelson Mandela lors du célèbre procès dit de Rivonia. 

Seul blanc à comparaître, il a été séparé de ses compagnons de lutte, incarcérés sur l'île-prison de Robben Island, et a été détenu pendant vingt-deux ans dans un pénitencier de la capitale Pretoria. Il a été libéré en 1985 après avoir accepté de renoncer à la violence politique. Denis Goldberg a continué sa lutte contre l'apartheid à Londres, où il a rejoint sa famille. 

"J'avais compris que le racisme en Afrique du Sud était équivalent au racisme dans l'Allemagne nazie", avait-il déclaré l'an dernier en recevant un diplôme honoraire de l'université du Cap.

Le documentaire L'Etat contre Mandela et les autres, signé par Nicolas Champeaux et Gilles Porte et présenté au Festival de Cannes en 2018, a permis à une large audience de découvrir cette figure de la lutte anti-apartheid. Avec Ahmed "Kathy" Kathrada (accusé n°5), lui aussi  disparu, et Andrew Mlangeni (accusé n°10), Denis Goldberg (accusé n°3) était l'un des ex-accusés de Rivonia dont le précieux témoignage avait été recueilli dans le film. 

Critique envers le régime de l'ANC

L'apartheid a pris fin en 1994 et Nelson Mandela a remporté les premières élections libres de son pays. Cependant, Denis Goldberg ne reviendra dans son pays qu'en 2002.

Le militant a critiqué, ces dernières années, l'incapacité de l'ANC (au pouvoir aujourd'hui) à sortir suffisamment de Sud-Africains de la pauvreté. Au centre de ses critiques, l'ancien président Jacob Zuma qui fait l'objet de plusieurs enquêtes sur des allégations de corruption pendant et avant son mandat.

Honoré à Londres en 2016 avec son compagnon de lutte Ahmed Kathrada, Denis Goldberg avait regretté que son pays reste encore déchiré par les tensions raciales, un quart de siècle après la fin de l'apartheid. "La ségrégation raciale a été imprimée dans l'esprit de chaque Sud-Africain, avait-il alors regretté. Il reste encore beaucoup de chemin à faire."

Avec la mort de Denis Goldberg, c'est une nouvelle page de la mémoire vivante de la lutte contre l'apartheid qui s'efface.