Afghanistan : les talibans remplacent à Bamiyan la statue d'un ex-dirigeant hazara par un Coran

L'œuvre représentait Abdul Ali Mazari, un homme politique officiellement nommé "martyr de l'unité nationale de l'Afghanistan" par le président déchu Ashraf Ghani en 2016.

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Des femmes hazaras dans la province afghane de Bamiyan, en mars 2021. (WAKIL KOHSAR / AFP)

Les talibans ont remplacé par une réplique du Coran la statue d'un homme politique de la minorité hazara, déclaré martyr national sous le précédent gouvernement, ont rapporté des habitants de la ville de Bamiyan, en Afghanistan, jeudi 11 novembre. Cette œuvre représentait Abdul Ali Mazari, qui avait été tué en 1995 après avoir été fait prisonnier par les talibans, lors de leur première prise du pouvoir. La statue avait déjà été décapitée par une grenade peu après le retour des talibans en août, un incident que les résidents locaux avaient imputé aux islamistes radicaux.

"Hier, ils ont complètement retiré la statue et l'ont remplacée par une réplique du Coran", a déclaré Abdul Danishyar, un militant de la société civile. "Ils essaient d'effacer l'histoire de Bamiyan, la population va réagir violemment à cela." La statue se trouvait sur la place centrale de Bamiyan, qui était nommée en l'honneur de Mazari et qui a été rebaptisée "Rue militaire". C'est dans cette région que les talibans avaient détruit en 2001 des statues de Bouddha, vieilles de 1 500 ans, ce qui avait déclenché un tollé international.

La communauté hazara persécutée

Abdul Ali Mazari était un farouche opposant aux talibans. Il a été officiellement nommé "martyr de l'unité nationale de l'Afghanistan" par le président déchu Ashraf Ghani en 2016. La communauté hazara, principalement chiite, qui représente entre 10 et 20% des 38 millions d'Afghans, est de longue date persécutée par les extrémistes sunnites dans ce pays déchiré par les divisions ethniques et religieuses. Les Hazaras ont souvent été la cible d'attaques menées par les talibans et le groupe jihadiste Etat islamique, qui les considèrent comme des hérétiques.

Abdul Ali Shafaq, membre du conseil provincial de Bamiyan, a déclaré qu'il allait parler aux responsables talibans pour les inciter à revenir sur leur décision. "C'est une question très sensible, cela pourrait déclencher des réactions", a-t-il averti. "Les gens de Bamiyan aiment Mazari, ils fabriquaient une nouvelle statue pour remplacer celle qui avait été partiellement détruite". Selon la stricte interprétation de l'islam par les talibans, il est interdit de représenter un être humain en peinture ou sculpture, et aussi parfois en photo. Depuis le changement de régime, plusieurs commerces ont retiré des panneaux publicitaires représentant des personnes. 

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