Afghanistan : les talibans accusés de traquer les habitants ayant travaillé avec les forces étrangères

Selon un rapport de l'ONU, les combattans islamistes possèdent des "listes prioritaires" de personnes qu'ils souhaitent arrêter.

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Les talibans contrôlent une route, le 19 août 2021, à Herat, en Afghanistan. (AREF KARIMI / AFP)

Le sort de nombreux habitants d'Afghanistan inquiète, alors qu'un document confidentiel de l'ONU consulté par l'AFP démontre que les talibans ont intensifié leur traque des personnes ayant travaillé avec les forces étrangères. La communauté internationale craint que les promesses des combattants islamistes de se montrer cléments et tolérants avec leurs opposants soient sans lendemain.

Le rapport, rédigé par un groupe d'experts d'évaluation des risques pour l'ONU, affirme que les talibans possèdent des "listes prioritaires" de personnes qu'ils souhaitent arrêter. Les plus à risque sont ceux qui occupaient des postes à responsabilité au sein des forces armées afghanes, de la police et des unités de renseignement, selon le document.

Depuis leur prise du pouvoir dimanche, après une campagne militaire fulgurante, les talibans ont tenté de convaincre le monde et les Afghans qu'ils ne chercheraient pas à se venger de leurs anciens ennemis et qu'ils entendaient oeuvrer à la réconciliation nationale. Ils ont promis qu'il y aurait de "nombreuses différences" dans leur manière de gouverner par rapport à leur règne entre 1996 et 2001, quand ils avaient imposé une version ultrarigoriste de la loi islamique.

Des "visites ciblées porte-à-porte"

Mais le rapport de l'ONU montre qu'ils effectuent des "visites ciblées porte-à-porte" chez les individus qu'ils veulent arrêter ainsi que chez les membres de leur famille. Ils filtrent aussi les personnes souhaitant accéder à l'aéroport de Kaboul et ont mis en place des points de contrôle dans les plus grandes villes. "Ils ciblent les familles de ceux qui refusent de se rendre et poursuivent et punissent les familles selon la charia", a déclaré Christian Nellemann, directeur de ce groupe d'experts, le Centre norvégien d'analyses globales.

"Nous nous attendons à ce que les individus ayant travaillé pour les forces américaines, de l'Otan et leurs alliés, ainsi que les membres de leurs familles, soient menacés de torture et d'exécution."

Christian Nellemann, directeur d'un groupe d'experts

Des talibans à la recherche d'un journaliste travaillant pour la radio Deutsche Welle et désormais installé en Allemagne ont tué mercredi par balle un membre de sa famille et en ont blessé gravement un autre, affirme le média allemand. Selon le Comité pour la protection des journalistes, les talibans ont déjà fouillé cette semaine les domiciles "d'au moins quatre journalistes et employés" de médias, et au moins deux autres ont été frappés à Jalalabad.

Plusieurs journalistes ont rapporté avoir été rossés à coups de bâton ou de fouet pendant qu'ils essayaient de filmer dans Kaboul. CNN a publié une vidéo montrant des talibans levant leur fusil comme pour frapper une de ses équipes, avant d'être retenus par d'autres combattants. Une présentatrice télé afghane, Shabnam Dawran, a lancé un appel à l'aide à la communauté internationale, après s'être vu interdire de travailler cette semaine. "Ceux qui m'écoutent, si le monde m'entend, s'il vous plaît aidez-nous car nos vies sont en danger", a-t-elle déclaré dans une vidéo postée jeudi en ligne.

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