Afghanistan : "C'est par l’émancipation des femmes que notre pays se développera", assurent des candidates aux élections

Le scrutin législatif qui s'est ouvert samedi en Afghanistan est marqué par la présence de 16% de femmes candidates, malgré les menaces proférées par les talibans et  l'Etat islamique.

Un bureau de vote des législatives en Afghanistan à Herat, le 20 octobre 2018.
Un bureau de vote des législatives en Afghanistan à Herat, le 20 octobre 2018. (HOSHANG HASHIMI / AFP)

En Afghanistan, près de neuf millions d’électeurs sont appelés à voter samedi 20 octobre pour renouveler la chambre basse du Parlement. L'ouverture du scrutin a été marquée par plusieurs explosions, alors que les talibans et l'État islamique ont envoyé des messages pour faire régner la terreur. Malgré ces mises en garde, 417 femmes sont en lice sur 2 500 candidats, dans un pays en guerre depuis plus de quatre décennies.

Sahar Soheila est directrice d’une école privée à Kaboul. Engagée dans plusieurs organisations de défense des droits des femmes, elle a décidé de se lancer dans la course au Parlement, pour devenir, dit-elle, un porte-voix des plus vulnérables dans le pays. "Tant que les femmes ne bougent pas, ne sortent pas de la maison, n’ont pas d’activité, rien de changera, déclare la candidate. C'est par l’émancipation des femmes que notre pays se développera comme cela s’est produit dans d’autres pays avant."

Des "mises en garde" adressées aux candidates

Dans un bureau, son assistante répond aux nombreux appels d’électeurs, d’admirateurs, de militants. Sahar Soheila a dû restreindre sa campagne en raison des risques sécuritaires. Elle reconnait qu’être une femme candidate n’est pas facile, tout en prenant de la distance. "Bien sûr que les femmes reçoivent régulièrement des menaces, mais cela ne nous empêche pas de continuer notre travail. Je reçois des menaces, mais ce n’est pas important, assure-t-elle. Je reçois des mises en garde par téléphone ou de façon verbale et frontales. C’est habituel. Mais je ne les prend pas au sérieux, sinon je n’arriverais pas à travailler."

Dans le nord de l’Afghanistan, Najla Abidi, 30 ans, enseignante en droit, aime regarder ses clips de campagne diffusés sur les réseaux sociaux. Elle croit en sa victoire. "J'ai fait ma campagne sans crainte, j’allais de maison en maison, les gens étaient admiratif de voir une jeune femme seule faire campagne, déclare-t-elle. J’ai commencé ma campagne avec 400 militants, j’en ai désormais plus de 1 000 qui sont allés de maison en maison demander aux gens de voter pour moi."

Être femme n’est pas le plus difficile, affirme la jeune candidate : c'est la corruption qui empêche une compétition saine entre les candidats, assure-t-elle.  

Des Afghanes candidates aux législatives, malgré l'insécurité - un reportage de Sonia Ghezali
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