Un pic de chaleur touche l'Arctique avant une vague de froid en Europe. Inquiétant ? On vous explique le phénomène

Des températures supérieures de 25°C par rapport à la normale sont actuellement enregistrées aux alentours du pôle Nord.

Un iceberg au Groenland, le 19 août 2017.
Un iceberg au Groenland, le 19 août 2017. (KARLHEINZ SCHINDLER / DPA-ZENTRALBILD / AFP)
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Pendant que l'Europe grelotte, le pôle Nord a (un peu) chaud. Des températures supérieures de 25°C à la normale sont actuellement enregistrées dans la région arctique, rapporte le Washington Post (en anglais), jeudi 22 février. En France, en revanche, le thermomètre est orienté à la baisse, avec l'arrivée dimanche d'une vague de froid : la température ressentie pourrait atteindre les -25°C dans certaines régions. Un décalage inquiétant ? On vous explique. 

Quelle est la situation en Arctique ? 

Lundi 19 et mardi 20 février, des températures supérieures à 0°C ont été relevées au cap Morris Jesup, une station météo tout au nord du Groënland, la plus septentrionale du monde, selon l'Institut météorologique danoisL'institution n'y a relevé des températures aussi élevées en février que deux fois dans le passé, en 2011 et 2017. Samedi soir, le thermomètre a même affiché 6,1°C, relève Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo France. D'habitude, il est plutôt autour des -30°C.

[Dimanche,] il fera plus froid qu'au pôle Nord sur une partie de la France où les gelées s'accentuent.Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo Francesur Twitter

"Etrange, non ?, écrit Robert Rohde, scientifique à Berkeley Earth, un organisme qui surveille les températures. C'est l'hiver arctique. Le soleil s'est couché en octobre et on ne le verra pas à nouveau avant mars. C'est la nuit perpétuelle et pourtant, les températures sont au-dessus du point de congélation."

Pourquoi fait-il si chaud en Arctique ? 

Ce dégel se produit à cause d’une impulsion d'air doux dans la mer du Groënland. La faute à la déformation d'un vortex polaire. "Le vortex polaire, c'est un tourbillon de vent froid qui se forme au-dessus du pôle Nord", explique François Gourand, prévisionniste à Météo France, à franceinfo. Mais à un moment, ce vortex "se scinde en plusieurs morceaux", un phénomène qui "fait remonter un air très doux qui envahit la banquise. C'est une dépression d'altitude commune en hiver", détaille le prévisionniste.

Mais si les vortex sont habituels, pourquoi de telles hausses de températures ? Pour le prévisionniste, le facteur aggravant est évident : "Si cela ne posait pas de problème auparavant, désormais, ce phénomène se produit dans une atmosphère plus chaude accentuée par le réchauffement climatique. Le vortex engendre des pics de réchauffement comme ceux auxquels on assiste actuellement dans le pôle Nord." 

"Dans ce cas précis, personne n'hésite à lier la situation au changement climatique, analyse la spécialiste climat du New Yorker (en anglais). C'est le changement climatique."

Y a-t-il un lien avec le pic de froid en France ?

Le pic de froid auquel la France et l'Europe s'attendent fin février est directement lié à la disloquation de ce vortex polaire. Le site de la RTBF explique que "de cette désorganisation naît une situation (...)  qui ramène une masse d'air très froide en provenance directe de Russie. Ainsi, et paradoxalement, ce n'est pas tant le vortex polaire qui déboule en Belgique (et en France), qu'une désorganisation de ce même vortex, qui conduira à cet épisode de froid notable.

Quelles sont les conséquences du phénomène ? 

Ces températures si douces pour la saison n'arrangent pas vraiment la situation de la banquise. En janvier, sa taille était la plus faible pour un début d'année depuis le début des relevés en 1979, selon l'institut météorologique américain. 

"Quand on passe en températures positives, la banquise est extrêmement fragilisée, analyse François Gourand. Avec elle, tout l’écosystème local, à commencer par l’activité humaine, est bouleversé." Le Washington Post cite l'exemple des villages le long de la mer de Bering, dont les côtes sont habituellement protégées des tempêtes. Mais, sans la glace comme tampon, les vagues peuvent venir endommager les bâtiments installés sur le littoral, comme le montre une vidéo relayée par le journal.