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En Pologne, des drones surveillent l'interdiction du chauffage à charbon

L'OMS compte en Pologne 33 des 50 villes les plus polluées d'Europe.

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Vue de Cracovie (Pologne), plongée dans le smug, en 2013 (illustration).
Vue de Cracovie (Pologne), plongée dans le smug, en 2013 (illustration). (BARTOSZ SIEDLIK / AFP)

Depuis un an à Cracovie, en Pologne, des drones traquent la pollution de l'air. Objectif : repérer les fumées qui émanent de poêles ou chaudières toxiques et punir les contrevenants, dans cette métropole du sud du pays qui figure parmi les plus polluées d'Europe.

Emmanuel Macron y était en début de semaine (3 et 4 février) pour parler notamment de l'enjeu climatique. La Pologne refuse en effet de s'engager dans la trajectoire zéro carbone en 2050 et pour cause : son économie reste très fortement dépendante du charbon, gros émetteur de particules fines, d'où les efforts de Cracovie pour améliorer sa qualité de l'air.

Sa "patrouille écologique", Radoslaw Gadek, chef adjoint de la police municipale, en parle avec fierté : 35 agents, dont six pilotes, une flotte de véhicules propres et deux drones. "Le temps est humide, il y a du vent, mais ce n'est pas grave, le drone est petit et résistant", affirme-t-il. Le vent du jour est salvateur, il chasse le smog au-delà des montagnes enserrant Cracovie. Le drone, lui, traque les fumées des vieux poêles à bois ou à charbon, interdits depuis septembre.

Des habitants motivés

À l'origine de cette conversion écologique, la société civile. Des habitants qui, dès 2012, se mobilisent et manifestent. Trois ans plus tard, un programme de remplacement des chauffages polluants est lancé et aujourd'hui, la population est sensibilisée, au point de parfois faire du zèle. "Beaucoup de gens nous appellent pour qu'on vienne contrôler leurs voisins, même pour un lavage de voiture, ils nous disent 'il y a de la fumée, allez, contrôlez'," raconte le responsable de la police municipale.

Blague à part, ce que risquent les habitants qui continuent à brûler du charbon, du bois ou même leurs ordures pour se chauffer (cela reste fréquent en Pologne), c'est jusqu'à 500 zlotys d’amende, environ 120 euros, voire 10 fois plus en cas de procès.

Un enjeu politique

La mairie de Cracovie n'hésite donc pas à sanctionner, après avoir beaucoup subventionné, jusqu'au remboursement intégral d'une chaudière plus écologique et la prise en charge d’une partie des notes de gaz, d'électricité ou de chauffage urbain. Cette politique porte ses fruits, à entendre Pavel Scigalski, de la mairie de Cracovie : "En 2015, on a eu 140 jours de dépassement du seuil d'alerte aux particules fines, l'an dernier, seulement 64 jours. Les gens se réveillent, ils font pression. Le problème, c'est que les mines font vivre des familles entières, c'est politiquement très sensible."

L’industrie du charbon emploie encore 100 000 personnes en Pologne, où la figure du mineur reste très populaire. Présentée par le pouvoir comme une garantie d'indépendance énergétique, ce combustible assure 80% de la production d'électricité, dans un pays où l’OMS compte 33 des 50 villes les plus polluées d'Europe et où le smog cause chaque année 50 000 décès prématurés.

Vue de Cracovie (Pologne), plongée dans le smug, en 2013 (illustration).
Vue de Cracovie (Pologne), plongée dans le smug, en 2013 (illustration). (BARTOSZ SIEDLIK / AFP)