Colonie de vacances inondée dans le Gard : les deux responsables allemands mis en examen

Le président et le vice-président allemands de l'association propriétaire du terrain sur lequel se trouvait une colonie inondée à Saint-Julien-de-Peyrolas (Gard) ont été mis en examen samedi. Neuf enfants ont été légèrement blessés et un sexagénaire est toujours porté disparu.

Des sauveteurs en opération sur un terrain inondé à Saint-Julien-de-Peyrolas (Gard), le 9 août 2018. 
Des sauveteurs en opération sur un terrain inondé à Saint-Julien-de-Peyrolas (Gard), le 9 août 2018.  (BORIS HORVAT / AFP)

Le séjour a viré au cauchemar. La colonie de vacances allemande du Planjole a été dévastée, jeudi 9 août, par de violents orages qui ont fait déborder le ruisseau du Valat d'Aiguèze et inondé le terrain, à Saint-Julien-de-Peyrolas (Gard). Un sexagénaire est toujours porté disparu. Le président et le vice-président allemands de l'association propriétaire du terrain ont été placés mis en examen, samedi 11 août, pour "blessures involontaires aggravées par la mise en danger d'autrui", a annoncé le procureur de la République de Nîmes, Eric Maurel. Franceinfo vous explique pourquoi une enquête a été ouverte après ces intempéries.

Que s'est-il passé ? 

De violents orages se sont abattus jeudi dans la partie sud-est du pays, notamment dans le Gard. Ils se sont accompagnés de fortes pluies et de rafales de vent. Ces intempéries ont nécessité l'évacuation de 750 personnes dans le département. Parmi elles, "184 personnes ont été évacuées du camping de Saint-Julien-de-Peyrolas [où se trouvait la colonie], dont 138 enfants", a précisé le colonel Laurent Haas, commandant du groupement de gendarmerie départementale du Gard, vendredi matin sur franceinfo.

Au sein de la colonie, neuf enfants "ont été légèrement blessés" et tous les jeunes Allemands évacués de ce terrain "sont traumatisés psychologiquement", a souligné le procureur. Selon des pompiers sauveteurs, certains enfants ont été retrouvés "accrochés dans les arbres", l'eau, arrivée en vague brutale, étant montée au moins jusqu'à la taille d'un adulte.

Un Allemand de 66 ans est porté disparu depuis jeudi. Cet homme participait vraisemblablement à l'encadrement de la colonie de vacances, a indiqué le parquet. "Vendredi matin, nous sommes toujours sans nouvelles de ce ressortissant allemand. Il est le propriétaire d'une caravane qui était stationnée sur le terrain qui a été balayé par une onde de crue. Malgré tout, il n'est pas certain que cet homme était présent dans sa caravane au moment des faits, donc nous sommes toujours à sa recherche", a ajouté le colonel Laurent Haas.

Pourquoi les propriétaires du terrain sont-ils mis en cause ? 

La colonie du Planjole était devenue de fait un camping, mais sans autorisation de la préfecture. "A Saint-Julien-de-Peyrolas, la colonie de vacances était hébergée sur un terrain privé, précise la préfecture. Il ne s'agit pas d'un terrain de camping homologué par les services préfectoraux. Une enquête de gendarmerie est en cours." 

De plus, la colonie était "installée en zone inondable, a déclaré le procureur. Le maire avait alerté les responsables de l'association, il avait même saisi le tribunal administratif." Depuis 2017, la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas est en effet en litige avec l'association allemande Jugendförderung St-Antonius, propriétaire du terrain, qu'elle accuse de ne pas respecter le plan d'urbanisme. "Dans les 48 heures avant le drame, les autorités municipales avaient alerté les responsables de l'association sur le danger à rester là en raison de la montée éventuelle des eaux", a ajouté le procureur.

Eux aussi proches de la rivière Ardèche et jouxtant la colonie, les deux autres campings touchés jeudi par les inondations étaient quant à eux homologués, a indiqué la préfecture.

Pour quels motifs l'enquête est-elle ouverte ? 

L'enquête a été ouverte pour "blessures involontaires, mise en danger de la vie d'autrui, travail dissimulé et exploitation d'un camping sans autorisation", a précisé le procureur Eric Maurel. Mais l'enquête pourrait prendre un autre tournant, qui dépendra du sort de l'Allemand porté disparu. "S'il était retrouvé décédé, l'enquête s'orienterait vers un homicide involontaire", a expliqué le magistrat. 

Les deux responsables ont interdiction de séjourner dans le Gard, sauf pour se rendre aux convocations de la justice et rencontrer leur avocat, a précisé le procureur de la République de Nîmes, Eric Maurel. Ils ont aussi l'obligation de procéder à l'enlèvement de leurs biens et matériels du terrain de camping, sous 15 jours.