Prévisions météo imprécises, conducteurs trop confiants : comment des milliers de personnes ont été piégées par la neige

Environ 4 000 "naufragés de la route" se sont retrouvés bloqués sur les autoroutes A9 et A75, notamment dans l'Hérault, dès mercredi soir.

Des voitures et camions bloqués sur l\'autoroute A9 en direction de Montpellier (Hérault), le 28 février 2018. 
Des voitures et camions bloqués sur l'autoroute A9 en direction de Montpellier (Hérault), le 28 février 2018.  (LAURENT EMMANUEL / AFP)
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Juliette CampionfranceinfoFrance Télévisions

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Ils ont passé la nuit entière dans leur voiture, à l'arrêt. Près de 4 000 automobilistes ont été bloqués sur les routes et autoroutes enneigées, notamment dans l'Hérault, entre mercredi 28 février au matin et jeudi 1er mars. L'autoroute A9 près de Montpellier et l'autoroute A75 vers Béziers étaient particulièrement touchées. Les automobilistes et leurs passagers ont finalement tous été évacués par bus en début d'après-midi, jeudi, abandonnant leurs véhicules sur les routes. 

Comment une telle situation a-t-elle été possible ?

1Des chutes de neige sous-évaluées 

L'Hérault, placé en vigilance orange puis rouge dans la soirée de mercredi, se préparait à d'importantes chutes de neige. Mais pas à ce point. "La situation [a été] bien plus complexe que prévu", affirme Laurence Brassac, directrice de la communication d'ASF-Vinci Autoroutes, contactée par franceinfoPour elle, les prévisions de Météo France ont sous-estimé l'ampleur du phénomène : "On a eu des chutes de neige bien supérieures aux prévisions. Météo France avait annoncé 5 centimètres de neige, mais ce sont 30 centimètres qui sont tombés. Sur la zone de Montpellier, ce sont les chutes de neige les plus importantes depuis 1963 !"  

Mercredi midi, Météo France annonçait 5 à 10 cm de neige sur Montpellier et prévoyait de nouvelles chutes de neige de 10 à 20 cm dans la soirée, selon le prévisionniste François Jobard à l'AFP. 

Pour ne rien arranger, la neige s'est concentrée sur des axes routiers très empruntés, à commencer par l'autoroute A9. "Cette zone dessert l’axe vers et en provenance de l’Espagne, emprunté en moyenne par 60 000 véhicules tous les jours, dans les deux sens", poursuit Laurence Brassac. 

Pour les automobilistes, la situation s'est dégradée en très peu de temps. Ainsi, Olivier raconte à franceinfo qu'il s'est retrouvé coincé avec sa femme et ses deux enfants sur l'A9 en l'espace de dix kilomètres. Arrivée aux abords de Lunel vers 13h30, la famille s'est retrouvée confrontée à "au moins 20 centimètres de neige". Impossible de prendre la sortie, fermée. "A la radio, ils nous disaient que l'A9 roulait, mais en fait, c'était le piège total", explique-t-il. La famille a passé toute la nuit dans la voiture, bien que les dépanneurs aient multiplié les interventions pour tenter de dégager les véhicules bloqués.

Des poids lourds qui roulent malgré l'interdiction

La tâche des secouristes a été compliquée par la présence de nombreux poids lourds. Alors que, dès mercredi matin, la préfecture de l'Hérault a décidé d'interdire totalement la circulation aux routiers sur de nombreux axes, plusieurs d'entre eux ont continué de rouler. Résultat ? Cela a provoqué des accidents et des blocages spectaculaires, notamment dans la zone périurbaine de Montpellier, "un axe très emprunté par tous ceux qui doivent faire le trajet domicile-travail". Difficile pour les déneigeuses d'avancer dans ce contexte.

Sur l'A7, entre Valence (Drôme) et Orange (Vaucluse), certains camions sont restés stationnés sur les bandes d'arrêt d'urgence, et non sur les zones de stationnement prévues pour eux, explique Vinci dans un communiqué. Le plus gros accident est survenu mercredi en fin de matinée, lorsqu'un poids lourd s'est couché sur la chaussée, du côté de Sète (Hérault). Il a fallu attendre la fin de journée pour parvenir à l'évacuer. Or, "il suffit de quatre ou cinq poids lourds accidentés pour bloquer une route entière", explique Laurence Brassac.  

Le temps de dégager le camion couché, les chasse-neige ne peuvent pas passer, donc la neige continue de tomber et les véhicules se retrouvent de plus en plus bloqués : c'est un cercle vicieux.Laurence Brassac, directrice de la communication chez Vincià franceinfo

Contactée par franceinfo, la Fédération nationale des transports routiers (FNTR) assure que les patrons des sociétés de poids lourds avaient "pris acte des décisions préfectorales" et globalement "reporté leurs trajets". Pour le syndicat, ce sont surtout les routiers étrangers, "sans doute moins bien informés", qui ont bravé l'interdiction de circuler. Une défense qui ne convainc guère Vinci : "On a martelé l’information avec des panneaux lumineux sur les autoroutes concernées, sur les échangeurs en entrées de route, sur le 107.7 et sur les réseaux sociaux", rétorque Laurence Brassac 

Des automobilistes trop confiants et mal équipés

Mais les routiers ne sont pas les seuls à avoir contrevenu à l'interdiction de circuler : de nombreux automobilistes ont décidé de prendre la route mercredi, malgré les mises en garde de la préfecture. Beaucoup d'entre eux ont préféré outrepasser ces recommandations pour se rendre sur leur lieu de travail.   

Interrogé par franceinfo, Yves Carra, porte-parole de l'Automobile club association (ACA), pointe surtout une certaine inconscience de leur part : "Beaucoup ne réalisent pas ce que leur voiture est capable, ou pas, de supporter." Selon lui, les automobilistes sont peu équipés, notamment en pneus hiver qui assurent pourtant une meilleure adhérence sur les routes lorsqu'il gèle et en cas de neige. Surtout, les conducteurs sont mal préparés. Pour éviter les désagréments, le spécialiste préconise une formation post-permis, qui permet de "réduire et mieux planifier ses déplacements, mais aussi d'identifier les itinéraires les plus sûrs".

De son côté, Laurence Brassac pointe la contradiction des automobilistes lorsque des intempéries surviennent : "Certains nous reprochent de ne pas les avoir empêchés de prendre la route, et d'autres ne comprennent pas pourquoi on les arrête avant même qu'il se mette à neiger", déplore-t-elle. "Tout est question d'anticipation, renchérit Yves Carra. On ne se retrouverait pas avec des familles coincées sur les routes pendant toute une nuit s'ils avaient mieux évalué la situation en amont."