VIDEO. Une commune ravagée par la sécheresse n'est toujours pas reconnue en état de catastrophe naturelle

Pour décider si une commune frappée par la sécheresse est en état de catastrophe naturelle, l’Etat a besoin de connaitre l’humidité du sol. C’est Météo France qui fournit ces données. Mais pour les établir, personne ne vient faire de relevés, ni constater les dégâts.

Henri et Francette Riby habitent Cour-Cheverny, dans le Loir-et-Cher. Une commune qui officiellement n’est pas en état de catastrophe naturelle.Difficile à comprendre quand on voit leur maison fendue par la sécheresse.

Des fissures béantes, larges de 4 centimètres à certains endroits, laissent passer la lumière du jour dans leur salon. Il y a deux ans, leur terrasse s'est même affaissée de 12 centimètres du jour au lendemain : "Quand on est revenus de vacances en 2018, cela nous a fait l’impression d’avoir une marche alors qu’avant on était de plein pied", confie Francette Riby, qui habite depuis 40 ans dans la commune.

Impossible pour le couple de faire jouer les assurances tant que la commune n’est pas déclarée en état de catastrophe naturelle. Des maisons fissurées comme la leur, il y en 251 dans ce bourg de 2800 habitants. Depuis 5 ans, le maire de Cour-Cheverny, François Croissandeau, demande sans succès l’état de catastrophe naturelle : "Que ce soit au niveau de l’Etat, de la Préfecture ou autre, ils nous disent clairement que les dégâts "ça ne nous intéresse pas, nous on ne tient simplement compte que des données". Personne n’est venu voir d’ailleurs les catastrophes chez les gens et dans quel état ils se trouvent.

Les données dont parle François Croissandeau, c’est le taux d’humitidé du sol. Étonnamment, il n’y a que 28 stations de Météo France qui le mesurent sur tout le territoire. La plus proche de Cour-Cheverny se trouve à 50 km…

Pour évaluer le taux d’humidité de chaque commune, Météo France a découpé le pays en 8000 carrés, où sont compilées pluviométrie, températures, vitesse des vents, ou évaporation. Il en sort un indicateur pour chaque carré. En février 2019, les sénateurs se sont inquiétés du manque de précision de ces données.

Selon Patrick Josse, directeur de la climatologie et des services climatiques de Météo France, il n’y a pas d’autre solution : "La mesure de l’humidité du sol, à la différence des mesures d’autres paramètres météorologiques comme les précipitations ou la température, est très compliquée. Il s’agit d’enterrer les capteurs dans des fosses et il n’existe pas aujourd’hui de réseau de mesure de l’humidité du sol. On est très loin de l’échelle de la commune."

Dans le Loir-et-Cher, les calculs de Météo France ont pourtant parfois des résultats surprenants. L'état de catastrophe naturelle n'a pas été accordé à Cour-Cheverny, alors que la commune voisine, Cellettes, vient tout juste d’être reconnue en état de catastrophe naturelle. Les deux villages se partagent pourtant la même rue !

Cour-Cheverny attaque l’Etat au Tribunal Administratif d'Orléans pour contester ces calculs et demande qu’un expert indépendant vienne sur la commune constater la réalité des dégâts. Contacté, le ministère de l’Intérieur, en charge de ces dossiers, dit se fier aux données de Météo France. L’an dernier, seules 47 % des communes ayant réclamé l’état de catastrophe naturelle ont reçu un avis favorable. 

(L'OEIL DU 20 HEURES / FRANCE 2)