Vagues géantes, littoral en alerte : comprendre les grandes marées en trois questions

Un coefficient maximum de 118 est prévu sur le littoral atlantique, vendredi 20 et samedi 21 février.

Des fortes vagues sur la plage de Postolonnec (Finistère), le 8 octobre 2014.
Des fortes vagues sur la plage de Postolonnec (Finistère), le 8 octobre 2014. ( MAXPPP)

La mer remonte plus vite qu'"un homme qui court". C'est ainsi que le Service hydrologique et océanique de la Marine (Shom) décrit le phénomène des grandes marées. Des vagues spectaculaires devraient submerger les côtes françaises dès jeudi 19 février, et jusqu'au dimanche 22 février. Un coefficient maximum de 118 est attendu par les prévisionnistes. Ces grandes marées sont une sorte de répétition générale avant la "marée du siècle" prévue le 21 mars prochain. 

Les grandes marées, c'est quoi ?

Un coefficient de marée, exprimé en centièmes, est compris entre 20 et 120. Cela permet de donner une indication de la différence de hauteur d'eau entre la pleine et la basse mer. Cet écart est aussi appelé le marnage. En clair, plus le coefficient est élevé, plus le marnage est important. Ce sont, dans ce cas, les grandes marées. Les coefficients supérieurs à 110 restent rares : moins de 2% de l'ensemble des marées, selon le Shom. En 2014, le coefficient le plus important est monté à 115. 

Le 21 mars prochain sera la première grande marée du siècle, avec un coefficient de marée de 119. La dernière a eu lieu en 1997. Néanmoins, selon le Shom, l'appellation "marée du siècle " est un peu abusive, car le phénomène intervient tous les 18 ans environ.

Dans la baie du Mont Saint-Michel (Manche), le marnage devrait atteindre, le 21 mars, 14-15 mètres, soit un immeuble de plus de quatre étages. Mais avant cette marée du siècle, de forts coefficients de marée allant jusqu'à 118 sont attendus dès vendredi 20 février. 

Le Mont-Saint-Michel (Manche) est redevenu une île pendant les grandes marées du 23 août 2013.
Le Mont-Saint-Michel (Manche) est redevenu une île pendant les grandes marées du 23 août 2013. ( MAXPPP)

Est-ce que c'est dangereux ? 

De forts coefficients de marées conjugués à un phénomène de dépression météorologique aggravent l'effet des vagues. Les digues sont alors fragilisées, elles peuvent même rompre. Lors de la tempête Xynthia, le 28 février 2010, le coefficient de marée élevé a contribué à amplifier les inondations qui ont causé la mort de 29 personnes, englouties dans la submersion de leur lotissement à La Faute-sur-Mer (Vendée). Il n'était pourtant que de 102, rappelle Le Figaro. En février 2014, de très fortes vagues ont aussi provoqué des dégâts spectaculaires dans le Finistère, notamment sur l'île de Sein, la clinique de Roscoff et la thalasso de Douarnenez.

En cette fin de semaine, Météo France annonce plutôt un phénomène dépressionnaire de faible ampleur. Les conséquences sur les côtes ne devraient donc pas être trop importantes. Toutefois, le risque de submersion marine lors de la pleine mer existe bien, comme le montre cette carte de La Chaîne Météo.

Toutefois, de nombreuses communes du littoral se préparent à affronter cette grande marée. Un barrage gonflable a été installé à Boyardville, sur l'île d'Oléron (Charente-Maritime). 35 boudins gonflables assurent 700 mètres de protection. C'est le barrage le plus long jamais installé en France.

A Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée), la commune a réalisé des travaux pour faire face aux gros coefficients. "On a mis des digues : des enrochements pour protéger les maisons, et des renforcements de dune. On a aussi retiré les rochers qui dépassent de la dune, on a fait une ligne droite pour rendre solidaire la dune et renforcer cette défense naturelle contre la mer", explique à France Bleu Loire Océan, le maire, Laurent Boudelier.

Les dunes de la côté vendéenne de la Tranche-sur-Mer à Saint-Hilaire-de-Riez ont particulièrement souffert durant les tempêtes de janvier 2014. 
Les dunes de la côté vendéenne de la Tranche-sur-Mer à Saint-Hilaire-de-Riez ont particulièrement souffert durant les tempêtes de janvier 2014.  ( MAXPPP)

Peut-on profiter du spectacle ?

Les grandes marées sont aussi le rendez-vous des amoureux de la pêche à pied. Moules, couteaux, lavagnons sont recherchés de manière assidue. Mais France 3 Picardie rappelle que la pêche à pied est réglementée, pour les amateurs comme les professionnels. Chaque préfecture de département émet des recommandations spécifiques selon les zones.  Et puis, attention à ne pas se faire surprendre par la montée très rapide de  la mer.

Des pêcheurs à pied lors des grandes marées à Gâvres (Morbihan), le 12 août 2014.
Des pêcheurs à pied lors des grandes marées à Gâvres (Morbihan), le 12 août 2014. ( MAXPPP)

La ville de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) se prépare, certes aux vagues, mais aussi à un afflux de touristes dès le week-end. "Nous avons reçu beaucoup de demandes depuis la fin de l’année dernière. Et cela s’est accentué dès que l’on a commencé à parler de la marée du siècle", confie à Ouest France Laurence Bozzuffi, directrice de l'office de tourisme. 

Les grandes marées à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), le 2 février 2014.
Les grandes marées à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), le 2 février 2014. ( MAXPPP)

Les photographes amateurs et professionnels sont nombreux à saisir les fureurs de la mer. Mais la prudence est de mise. Les vagues peuvent être de véritables lames qui vous emportent, avertit France 3 Bretagne. C'est ainsi qu'un vidéaste amateur s'est fait faucher à Saint-Malo, le 5 mars 2014, relaie Ouest FranceL'homme s'en est heureusement sorti.