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Vidéo "Le glacier n'est plus qu'une carapace vide" : au Pérou, sur "la route du changement climatique"

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En raison du changement climatique, le Pérou a perdu plus de 40% de ses glaciers en quelques années. Pour freiner ces bouleversements menaçants pour les Andes, des habitants se mobilisent, comme l'a constaté franceinfo, dans la région de Huaraz. 

Le Pérou a perdu plus de 40% de ses glaciers en quelques années. Pour freiner ces bouleversements dangereux dans les Andes, attribués au réchauffement climatique, les autorités et des habitants se mobilisent, comme l'a constaté franceinfo, dans la région de Huaraz. 

Une route climatique informative

Dans cette région du Pérou, deux chaînes de montagnes se regardent. À l’ouest, la Cordillère noire jouxte le Pacifique et protège des vents les sommets enneigés de sa grande sœur de l’est, la Cordillère blanche. Au milieu des plaines vertes du Huascaran, un sommet blanc émerge : le glacier du Pastoruri. Pour y accéder, il faut prendre une route créée il y a quatre ans par le service des parcs nationaux. "On a l'appelée la route du changement climatique", dit Selwyn Valverde, garde du parc national du Huascaran. On veut expliquer tout ce qui se passe dans une zone aussi vulnérable que la Cordillère blanche". Pour le garde, soucieux de l'environnement local, "cet endroit est idéal car il est bien plus accessible que d’autres. La population, les autorités et les visiteurs peuvent en savoir plus au sujet du changement climatique".

Les parcs nationaux veulent montrer les effets du bouleversement climatique sur les glaciers. "Cela fait huit ans qu’on travaille sur ce projet, depuis qu’on s’est rendu compte que le glacier du mont Pastoruri n’est plus qu’une carapace vide, indique Selwyn Valverde. La masse glaciaire d’origine n’existe plus."

Avant et après, au glacier du Pastoruri

L'arrêt en voiture se fait à 5 000 mètres d’altitude, où l’oxygène se fait rare. Depuis cet endroit, auparavant, il fallait à peine cinq minutes pour atteindre le glacier. Désormais, entre 40 minutes et à une heure de marche sont nécessaires, tellement le glacier a fondu et a reculé. "Dans le passé, beaucoup de touristes venaient marcher sur le glacier", précise le garde du parc du Huascaran. "Nous sommes à 100 mètres de l’endroit où arrivait autrefois le glacier, indique-t-il. On se rend compte que le glacier a reculé de 610 mètres depuis cette période."    

Le glacier du Pastoruri au Pérou en mars 2018. (MATTHIEU GORISSE-MONDOLONI)

Ici, on est dans une cordillère qu’on appelle tropicale. La fonte des glaciers y est encore plus importante qu’ailleurs, explique le garde. "On peut voir ce qu’il reste du glacier et on peut voir aussi qu’un lac s’est formé. En 2010, il avait 10 mètres de profondeur. À présent, on l’estime à 20 mètres", a calculé Selwyn Valverde.

Ce processus irréversible va faire disparaître ce glacier de la Cordillère blanche.

Selwyn Valverde, garde du parc national du Huascaran

à franceinfo

La création de "la route du changement climatique" prend là tout son sens. "On veut expliquer, à travers cette route, que les gens doivent changer leur façon de consommer l’eau", indique le garde. On doit trouver une meilleure manière de la stocker dans les réservoirs en haut des montagnes pour pouvoir répondre aux besoins des habitants de la région."

Les multiples dangers de la fonte

Moins de glace et plus d’eau, mais une eau polluée par les minéraux et donc impropre à la consommation. Mais ce n’est pas l'unique danger, alerte Benjamin Morales Arnao. À 83 ans, depuis son bureau situé en plein cœur de Huaraz, il dirige l’institut national qui étudie ces glaciers et l’écosystème des montagnes.

La Cordillère blanche est l’endroit au monde où il y a eu le plus de désastres liés aux glaciers. Sur le sommet des montagnes, on va se retrouver avec des glaciers qui pendent, qui peuvent tomber et causer des alluvions.

Benjamin Morales Arnao, à la tête de l'Institut national d'étude des glaciers

à franceinfo

Ces alluvions sont également appelés "tsunamis de montagne". Des torrents d’eau, de roche et de glace provoqués par le débordement soudain de ces nouveaux lacs, apparus par milliers depuis plus de 50 ans au milieu des montagnes péruviennes. C'est le cas du Palcacocha situé à 4 500 mètres d’altitude. "Avant, ce lac était petit et accolé à un glacier. Le glacier a fondu plus vite et il a été remplacé par un énorme lac qui n’existait pas avant, explique Benjamin Morales Arnao. S’il se produit une alluvion sur ce lac, il pourrait produire la mort de plus de 50 000 personnes aux alentours de Huaraz." 

La bataille engagée par un agriculteur

Saul Luciano Lliuya, sa femme et ses deux enfants figurent parmi les personnes potentiellement menacées. Cette famille habite un petit village au-dessus de Huaraz, et surtout en-dessous du lac Palcacocha. Saul, un agriculteur de 37 ans, également guide de haute montagne, a appris à vivre avec cette menace, mais ce n'est pas pour autant qu'il l’accepte. 

Saul Luciano Lliyua, agriculteur péruvien, ici le 16 mars 2018, milite pour sauver les glaciers de la Cordillère blanche. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

En 2015, avec l’aide d’une ONG, il a décidé d’attaquer la multinationale allemande RWE, considérée comme l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre de la planète. Il l'estime en partie responsable du réchauffement climatique dans sa région. L'agriculteur péruvien demande à l’entreprise allemande, de reconnaitre sa responsabilité, dit-il, par rapport aux dégâts écologiques qu’elle cause. Toutefois, les compensations n'iraient pas bien loin.

Cela correspond pour nous à 17 000 euros. C’est très symbolique, mais de toute façon, il fallait agir. Tout ce qu’on fait, c’est chatouiller une grande entreprise. Sans doute qu’elle ne va pas beaucoup le sentir…

Saul, un fermier péruvien en lutte contre le réchauffement climatique

à franceinfo

L'agriculteur engagé espère surtout que son initiative donnera des idées à d’autres habitants de cette région des Andes, afin de lutter contre le réchauffement climatique. La mission consiste bien à sauver cette Cordillère blanche qui, demain, pourrait n’avoir de blanche que le nom...

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