Rapport du Giec : "On n'a pas besoin de produire plus, puisqu'on gaspille un tiers de la nourriture aujourd'hui", affirme le Secours catholique

"Il est essentiel qu'aujourd'hui, on réduise nos émissions et qu'on revoie totalement la façon de se nourrir", explique Sara Lickel, du Secours catholique.

La Ferme des mille vaches, à Drucat (Somme).
La Ferme des mille vaches, à Drucat (Somme). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
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Le rapport du Giec, dévoilé jeudi 8 août, appelle à revoir la gestion des terres pour réduire le réchauffement climatique. L'enjeu climatique "n'est pas un enjeu de production", a réagi sur franceinfo Sara Lickel, chargée de plaidoyer droit à l'alimentation et climat au Secours catholique. "On n'a pas besoin de produire plus, puisque l'on gaspille un tiers de la nourriture aujourd'hui."

franceinfo : Pourquoi est-il si essentiel de préserver les sols de notre planète ?

Sara Lickel : Le rapport parle de ce qui constitue la base de notre cadre de vie, la base de notre alimentation, la base de nos paysages, les terres. Les sols sont des sources d'émission parce que nos systèmes agricoles aujourd'hui sont défaillants et extrêmement polluants, notamment l'agriculture industrielle. Et en même temps, on a besoin des sols et des écosystèmes terrestres, notamment des forêts primaires, pour réguler le climat.

Aujourd'hui cela absorbe un tiers des émissions, sauf qu'en fait, avec la dégradation des sols, on risque de renverser ces puits en sources d'émission. Une fois qu'on renverse cette tendance-là, on renverse l'ensemble du système climatique global. Il est essentiel que l'on puisse restaurer nos écosystèmes, que l'on puisse faire une transition de notre agriculture vers une agriculture plus durable, l'agroécologie et permettre de nourrir tout le monde, tout en respectant les sols et la biodiversité, que l'on puisse préserver les forêts qui nous restent et restaurer les forêts que l'on a perdues.

Si on ne change rien, est-ce que ce sont les populations les plus vulnérables qui sont touchées les premières ?

821 millions de personnes ne mangent toujours pas à leur faim. Ce chiffre est en hausse depuis trois ans, à cause du changement climatique. Le Giec nous dit que d'ici dix, vingt, trente ans, si on n'inverse pas la tendance, encore plus de gens vont se trouver victimes des dérèglements climatiques. Ce qui est encore plus scandaleux, c'est que l'on est capable de nourrir 10 milliards de personnes. Donc l'enjeu n'est pas un enjeu de production : on n'a pas besoin de produire plus, puisque l'on gaspille un tiers de la nourriture aujourd'hui.

Faudrait-il en finir avec la viande pour régler le problème ?

La viande est responsable de la déforestation et donc de beaucoup d'émissions. Le rapport est très clair là-dessus. On a besoin dans les pays développés et riches de réduire drastiquement notre consommation de viande. On a besoin que les producteurs travaillent mieux leurs terres et réduisent l'élevage industriel. En même temps, on a besoin que les pays les moins responsables, là où les populations sont les plus victimes, puissent se nourrir correctement.

Ce que dit aussi ce rapport, c'est que deux milliards d'adultes sont aujourd'hui en surpoids ou en situation d'obésité, c'est plus d'un quart de la population mondiale. Donc on a un très fort appel à repenser nos systèmes alimentaires pour pouvoir à la fois répondre à l'enjeu de sécurité alimentaire, mais y compris [nos systèmes] nutritionnels, parce que deux milliards d'adultes en surpoids ou en situation d'obésité, c'est un problème de santé publique. Il faut que l'on puisse avoir des systèmes alimentaires qui soient compatibles avec les trajectoires climatiques et nous permettre de rester sous 1,5°C de réchauffement.

Ce qui ressort aussi de ces travaux du Giec, c'est que les solutions qu'on pensait bonnes face au réchauffement – comme les bioénergies, le reboisement et les agrocarburants – peuvent en fait fragiliser nos systèmes agricoles et alimentaires. Comment trouver un équilibre ?

C'est là où ce rapport est extrêmement préoccupant. Les terres sont à la fois de plus en plus dégradées par les changements climatiques qui sont déjà en cours et par l'industrie de la viande, qui occupe beaucoup de terre et accentue la déforestation notamment avec la culture du soja. On a une promotion des agrocarburants et des bioénergies comme alternatives aux énergies fossiles. On va se retrouver avec une compétition sur la terre : est-ce qu'on utilise la terre pour se nourrir, est-ce qu'on utilise la terre pour stocker du carbone, ou est-ce qu'on utilise la terre pour produire de l'énergie ? Il est essentiel qu'aujourd'hui, on réduise nos émissions et qu'on revoie totalement la façon de se nourrir pour ne pas arriver à devoir faire ce choix.