Météo : pourquoi la vague de chaleur qui touche la France est "extrêmement remarquable pour la période"

Les températures pourront dépasser les 30 °C, avoisinant parfois les 35 °C, dans de nombreuses régions françaises lundi et mardi.

Une journée ensoleillée au jardin des Tuileries, le 11 septembre 2020, à Paris.
Une journée ensoleillée au jardin des Tuileries, le 11 septembre 2020, à Paris. (AFP)

L'été joue les prolongations. Une majeure partie de la France va connaître un épisode de chaleur, à partir de lundi 14 septembre et pendant le début de semaine, avec des températures qui pourront localement dépasser les 30 °C, voire approcher les 35 °C, du sud-ouest au centre de la France.

Une vague de chaleur exceptionnelle à cette période de l'année décryptée en trois points.

Des records de chaleur pourraient tomber

"Ces températures supérieures d'une dizaine de degrés aux normales de saison s'approcheront parfois des records de chaleur sur la période", souligne l'agence Météo France. Quelques exemples ? Le thermomètre pourrait afficher 34 °C à Paris (le record pour une mi-septembre est de 33,2 °C le 15 septembre 1947), 35 °C à Bourges (35,1 °C le 16 septembre 1961), 35 °C à Tours (33,7 °C le 10 septembre 2011) ou encore 34 °C à Strasbourg (33,4 °C le 13 septembre 1947). Assez pour se croire en plein mois de juillet, d'autant que le Tour de France est de la partie.

"Il s’agit d’un épisode de chaleur extrêmement remarquable pour la période", résume le prévisionniste de Météo France François Jobard, contacté par franceinfo.

Le seuil des 35 °C a déjà été dépassé dans une partie de l'Occitanie et dans le sud de la Nouvelle-Aquitaine, dimanche, et ces températures vont s’exporter plus au nord dès lundi, notamment en Centre-Val de Loire, dans le bassin parisien, dans une partie de la région lyonnaise et de la Bourgogne et jusqu’en Champagne. "Mardi, les plus fortes chaleurs seront encore enregistrées dans le bassin parisien, mais aussi dans une partie des Hauts-de-France et le Grand-Est, entre Lille et Nancy", indique François Jobard. Il n'y aura pas de retour aux normales de saison avant la toute fin de semaine.

Cet épisode survient après un été déjà chaud

Ces fortes chaleurs tardives surviennent après un été météorologique déjà chaud et sec en France, avec un temps anticyclonique qui perdure. "Ici, un nouvel anticyclone encore plus puissant prend le relais", poursuit François Jobard.

Cet anticyclone s'associe avec une masse d'air particulièrement chaude pour deux raisons. "La première, c’est son origine méridionale et la seconde, c’est un effet de compression associé au gonflement de l’anticyclone. Les pressions augmentent et la température augmente, comme avec une pompe à vélo."

“Nous observons aussi des vagues de chaleur plus précoces, et leur probabilité d’occurrence augmente au fil des décennies”, poursuit François Jobard, qui cite par exemple un épisode de canicule dès la deuxième quinzaine de juin, en 2017.

Un tel événement aurait relevé de la science-fiction il y a quelques annéesFrançois Jobard, prévisionniste de Météo France à franceinfo

Mais les épisodes de chaleur tardifs sont également plus fréquents. En 2016, un pic avait ainsi été observé autour des 12 et 13 septembre. "Cette fois, l’épisode s’annonce encore un cran plus chaud, quand on regarde les températures maximales attendues", souligne-t-il.

En revanche, les prévisionnistes de Météo France n'anticipent pas de canicule lors de cet épisode, car les nuits devraient rester assez fraîches. "Il y a deux heures de soleil de moins en septembre qu'au mois d'août, ce qui libère autant de temps disponible pour le rafraîchissement nocturne", précise François Jobard.

Il s'inscrit dans un allongement de la saison estivale

"On a cette année une répétition des épisodes de chaleur, relève également dans une vidéo Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo France. Ces dernières années, les épisodes de chaleur deviennent de plus en plus prédominants sur les épisodes de froid. Les projections climatiques prévoient une augmentation de la fréquence de ces épisodes de chaleur précoces et tardifs, avec une saison estivale qui devient de plus en plus étendue que dans le passé".

Faut-il relier cet épisode au phénomène plus large du réchauffement climatique ? "On l'observe tout d'abord avec la fréquence plus importante de records de chaleur, explique François Jobard. Quand on compare, il peut y en avoir dix fois plus que de records de froid."

Les épisodes chauds se multiplient "à la fois en fréquence et en intensité", comme c'est le cas ici. "Nous observons une augmentation de la moyenne des températures, et logiquement, les extrêmes – les épisodes qui sortent des moyennes – sont également plus chauds."

La survenue de ces épisodes, plus tôt dans la saison en juin et plus tard en septembre, est cohérente avec le réchauffement climatique. Ce n’est pas lui qui explique la situation particulière mais il augmente la probabilité de ces épisodes.François Jobardà franceinfo

"Ce qui est déconcertant, pour nous prévisionnistes, c’est que des situations qui peuvent sembler banales peuvent parfois engendrer des températures très chaudes", explique-t-il encore. Plus largement, ce coup de chaud de la mi-septembre s'inscrit dans une série de quinze mois consécutifs de températures excédentaires à l'échelle du pays.