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Infographies Banquise qui recule en Arctique, températures de 40°C au-dessus des normales en Antarctique : visualisez les vagues de chaleur sur les deux pôles

A l'occasion de la journée mondiale d'action des jeunes pour le climat, franceinfo revient en infographies sur les températures très inhabituelles enregistrées la semaine dernière dans les deux régions polaires.

Article rédigé par Noé Bauduin
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8min
Un iceberg dans le détroit de Gerlache, près de l'Antarctique, le 6 février 2022. (SEBNEM COSKUN / ANADOLU AGENCY)

Alors qu’une journée mondiale d'action des jeunes pour le climat est organisée ce vendredi 25 mars partout dans le monde, un événement est venu rappeler la réalité du changement climatique : des températures records pour la saison ont été enregistrées simultanément au niveau des deux pôles en fin de semaine dernière. Jeudi 17 et vendredi 18 mars, les températures dépassaient de plus de 40°C les normales de saison en Antarctique, et des écarts de plus de 30°C ont également été observés en Arctique. Cette visualisation de l'Institut sur le changement climatique de l'université du Maine (Etats-Unis) permet de voir l’ampleur de ces deux vagues de douceur simultanées sur les deux pôles.


Infographies à l’appui, franceinfo revient sur ces vagues de chaleur exceptionnelles et sur ce qu’elles disent de l’état des climats polaires. Alors que les records enregistrés en Antarctique ont surpris par leur ampleur et leur soudaineté, la vague de douceur au pôle Nord est au contraire le syndrome d’un réchauffement en cours depuis de nombreuses années. 

En Antarctique, un phénomène inédit qui inquiète

"C’est du jamais-vu ! On est 40°C au-dessus des normales saisonnières, mais aussi près de 15°C au-delà des précédents records pour la saison, affirme Gaétan Heymes, ingénieur prévisionniste à Météo France. Même si en Antarctique le climat est plus changeant qu’en France, l’écart de température pourrait être comparé à une chaleur de 35°C en mars à Paris" explique celui qui a passé plusieurs semaines en mission au pôle Sud.

Les températures enregistrées à la base franco-italienne Concordia, située en Antarctique, sont en effet impressionnantes. Le graphique suivant est réalisé grâce aux données fournies par l'Observatoire de la Côte d’Azur et sur le modèle d’une infographie faite par ce dernier. Il permet de se rendre compte que les -12°C mesurés le 18 mars sont un record absolu depuis au moins huit ans, et que ce pic intervient à une période de l’année où les températures sont généralement en train de baisser. En temps normal, elles se situent autour de -55°C.

Tristan Guillot était aux premières loges pour observer ce record. À l’Observatoire de la Côte d’Azur où il est directeur de recherche CNRS, les chercheurs reçoivent en direct les images de la base Concordia et s’occupent d'un télescope se trouvant sur place. Mais le 17 mars, un événement est venu perturber le fonctionnement de l'appareil : "Nous avons reçu un message d’un hivernant sur place nous signalant un réchauffement anormal de la boîte caméra de notre télescope, chauffée pour résister à des températures extérieures de -80°C. Nous avons alors constaté que la température dans la boîte caméra dépassait les 40°C ! Nous avons été forcés d'arrêter les acquisitions de notre télescope en attendant des conditions plus normales."

Si cette température a particulièrement surpris les scientifiques, c’est parce qu'elle intervient dans une région qui ne semblait pas être dans une dynamique de réchauffement : "En Antarctique on observait une augmentation des températures à l'ouest, mais pas à l’est du continent, alors que c'est justement dans cette zone que la vague de chaleur a été enregistrée, détaille Gaétan Heymes. Comme cet événement est exceptionnel et qu’il ne s’inscrit pas dans une dynamique de long cours, il est difficile de l’attribuer avec certitude au dérèglement climatique aujourd’hui. Mais il est très probable qu’avec du recul, le lien soit démontré", affirme-t-il.

Une alerte sur la situation en Antarctique avait déjà été enregistrée le mois dernier. Le 25 février, en plein été austral, la surface de la banquise autour du continent blanc avait atteint son plus bas historique depuis plus de quarante ans qu’elle est mesurée. Mais une fois encore, comme le phénomène ne s'inscrit pas dans la durée pour l'instant, il est difficile de faire un lien direct avec le dérèglement climatique.

En Arctique, un réchauffement observé depuis plusieurs années

Dans le même temps, l’Arctique, pourtant plongée dans l'hiver boréal, a elle aussi enregistré des températures très élevées, plus de 30°C au-dessus des normales de la saison. Mais contrairement au pôle Sud, la hausse des températures en Arctique s’inscrit dans un fort réchauffement de la région observé depuis plusieurs années.

"La vague de chaleur au pôle Nord est de légèrement moindre ampleur qu’au pôle Sud, mais surtout elle est moins surprenante car le réchauffement rapide du pôle Nord est un phénomène bien connu" explique Gaétan Heymes. En effet, l’Arctique se réchauffe nettement plus vite que le reste du globe : alors que la température mondiale a augmenté d’environ 1°C par rapport à la période de référence 1950-1980, cette hausse atteint presque 3°C pour l’Arctique.

Ce réchauffement accéléré est le résultat d'un cercle vicieux dans lequel se trouve la région du pôle Nord : "La hausse des températures fait fondre les glaces, et comme la glace réfléchit normalement les rayons du soleil, sa disparition entraîne une absorption plus grande de cette chaleur solaire, et donc une hausse des températures" explique Joël Guiot, directeur de recherche au Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement.

La fonte des glaces de mer (la banquise) en été dans la région du pôle Nord est très marquée depuis une quinzaine d'années : alors que la surface minimale de banquise (celle atteinte à la fin de l'été) ne descendait jamais en dessous des 6 millions de kilomètres carrés jusqu’à la fin des années 1990, cette surface minimale annuelle est d’à peine plus de 4,5 millions de kilomètres carrés en moyenne depuis le milieu des années 2000. Les quinze niveaux les plus bas enregistrés depuis le début des années 1980 correspondent aux quinze dernières années.

Selon Patricia Espinosa, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), les étés de l'océan arctique pourraient être libres de glace dès 2030 si les émissions de CO2 continuent au rythme actuel.

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